J’ai eu jusqu’à maintenant l’habitude de vanter les forces de la société suédoise. Pas cette fois.
J’ai été engagé il y a deux mois à l’université.J’occupe les fonctions d’un amanuensis. Ne sachant pas de quoi il était question, Wikipédia m’informait à ce sujet:
The word originated in ancient Rome, for a slave at his master’s personal service ‘within hand reach’, performing any command; later it was specifically applied to an intimately trusted servant (often a freedman) acting as a personal secretary.
Donc, l’avenir m’est prometteur en Suède!
Blague à part, je me plaît bien dans mes nouvelles fonctions. Je suis en fait teaching assistant, j’enseignerai donc Microéconomie B à l’automne (pour les labs). Je travaille pour mon département (Économie), mais aussi pour d’autres: Computer Science, Statistiques et Tourisme. Ça me fait pas mal de job…
Mon nouveau travail me permet de comprendre un peu plus le fonctionnement du système universitaire suédois. Accès universel (immigrants inclus), nombreuses facultés, programme variés, le système à ses forces. C’est le deuxième système le mieux financé, en termes de pourcentage du PIB dédié aux universités (financemnet public et privé confondus), derrière les États-Unis. Si on regarde seulement les dépenses gouvernementales en éducation supérieure, c’est le grand champion mondial. Comment est-ce que les contribuables suédois peuvent supporter un tel système? Quelles sont les conséquences d’un tel système? Ce sont là les questions que je me posais à mon arrivée. J’y vois maintenant un peu plus clair.
L’état providence dans son état actuel a été installé il y a plus ed quarante ans. Ainsi, la grande majorité de la population n’a pas pris part au débat de société qui a mené au modèle actuel. En fait, le système est tel que tous et chacun font mine d’ignorer que le financement de ces universités provient directement de leurs propres poches. Je m’explique: Le système de financement des universités a été conçu afin de ne pas avantager les grandes institutions par rapport aux plus petites, comme celle ou j’étudie. Le financement est effectué par étudiant admis. Ce ne rien de nouveau, car il en est de même au Québec. Ce qui m’apparait fort étrange, c’est que le financement interne des universités depend du même fonctionnement. Ainsi, les coordonateurs de programme font des pieds et des mains afin d’attirer davantage d’étudiants dans certains cours, afin de bénéficier de plus de financement. On assiste donc à une forme de cannibalisme inter-départemental pour s’accaparer les étudiants d’échange. Aussi, je crois avoir compris que le financement dépend également du nombre d’étudiants qui réussisent un cours. Parfois la barre est donc abaissée, pour des raisons de financement. Le nombre effarant d’étudiants chinois est également explicable: les départements ont conclu de ententes avec des universités chinoises afin de garantir une vingtaine d’étudiants chinois dans chaque programme, assurant ainsi le financement à long-terme des départements. L’emphase n’est donc pas mise sur la qualité de l’enseignement, mais sur la quantité d’étudiants.
Il est compréhensible que les coordonateurs de programme soient pris au milieu d’un dilemme. D’une part, ils doivent assurer le financement de leurs départements, et de l’autre, ils doivent en assurer la qualité.
Le système a besoin de reforme, afin d’attirer moins d’étudiants, mais de meilleure qualité en général. Les payeurs de taxe suédois ont mis en place un gouvernement plus à droite récemment, et leur ont confié un agenda. Il reste à voir ce qu’il feront de cette boîte de pandore.