De l’extérieur, on ne sait jamais vraiment trop à quoi s’attendre… On raconte toutes sortes de trucs au sujet des russes, mais il faut le voir pour le croire, ou du moins, le vivre pour le comprendre. La vie est plus difficile ici, c’est certain. Je viens d’un pays où l’état offre un filet, assure une certaine gestion de ce qui se trame dans le pays, où on sait souvent à quoi s’en tenir. Ici, j’ignore si c’est dû à un passage rapide au capitalisme (ca ne fait après tout que 15 ans), c’est plus souvent qu’autrement chacun pour soi. Il règne malheureusement une certaine dose d’hostilité pour tout ce qui est étranger, dans toutes les mesures. De l’immigrant à l’inconnu qu’on croise dans la rue, les diligences ne sont pas les mêmes… Je suis habitué (et mon confrère Français Cédric aussi) de tenir les portes des magasins, de dire merci au serveur ou aux cassiers. Nous sommes pratiquement des bêtes de cirques avec nos manières. Si tu tiens la porte à un étrangers, tu récolteras en échange un air d’indifférence le plus absolu, pas le moindre regard. Les mots environnement, écologie, recyclage, changements climatiques sont loin d’être utilisés ici… Peut-être parce que les gens doivent « se battre » contre tout ici, ne laissant ainsi pas trop trop d’énergie pour l’altruisme et l’écologie. On doit se battre contre les autorités, la bureaucratie, le climat (qui soit dit en passant à repris son droit, il fait plutôt froid maintenant), les charlatans et autres bandits. Je reste confiant en pensant que c’est une question de génération… Mais les Russes à qui je confiais mon optimisme dans ce sens on vite fait de me rabrouer…
En deux semaines, j’ai vu des gens tabassés arpenter les rues en morts-vivants, j’ai vu un homme se faire faire les poches par deux hommes sous un porche à 3 heures du matin…
C’est d’ailleurs cette nuit là que je me suis rendu compte que Spider-man est sûrement mon père spirituel. En fait, il est interdit de rentrer après minuit aux résidences où j’habite… Et c’est loin de faire mon affaire! Enfin, une nuit, après avoir déguster de savoureuses bières, je décidai de transgresser les règles, mon plan en tête. Je suis revenu vers 3-4 heures, avec aucune envie de réveiller le méchant gardien. J’ai alors décidé d’escalader le mur, pour atteindre la sortie de secours, qui me permettrait de rentrer dans ma petite chambre… Je devais d’abord m’accrocher aux grillage d’une petite fenêtre du premier étage, comme l’échelle de la sortie de secours s’arrête étrangement au plancher du premier étage (j’imagine que les ingénieurs russes ont pensé qu’il est moins pire de sauter du premier étage que de brûler vif… C’est un pensez-y bien). Enfin. De ma situation précaire, c’est-à-dire sur le rebord d’une fenêtre du premier étage, je devais sauter vers l’arrière et me retournant en-même temps (vous me suivez?). J’aurais mérité un 9/10 en gymnastique pour ce saut! Puis en ce beau vendredi soir au beau milieu de la nuit glaciale de SPB, les deux bras cramponnés au grillage de la sortie de secours, j’avais l’air bien fou avec mon corps qui pendait dans le vide ainsi. Je réunis mes forces pendant quelques secondes, puis, je me suis hissé tranquillement sur le pallier de la sortie de secours. J’avais presque réussi. Il ne me restait plus qu’à réussir à entrer dans l’immeuble… Je suis donc monté au troisième, où j’habite, pour tenter d’ouvrir la fenêtre. Le carreau n’a pas été trop dur à ouvrir, probablement dû à son âge. Puis, grace à mon soulier que je tenais à bout de bras, j’ai été capable d’ouvrir le loquet de la fenêtre! Apellez moi Jean-Philippe ‘Hercules Poirot’ Deschamps-Laporte.
L’autre jour, nous sommes allés patiner. Ce fût une expérience à la fois folklorique et amicale, mais en deux parties très distinctes. Je m’explique. Après avoir pratiqué le sport national russe (aka attendre en ligne pendant des heures), nous avons finalement pu entrer dans l’aréna de l’équipe professionnelle de hockey de SPB. Même que du coin de l’œil, j’ai aperçu un chandail du Canadien dans le « pro-shop », j’avais les larmes aux yeux… OK c’est pas vrai, mais enfin. (Parenthèse : Je n’aurais jamais su à quel point le Hockey serait pour moi un sujet passe partout avec mes confrères Russes, Finlandais et Scandinaves… Ahh!) Bref, nous avions la possibilité de louer des patins, mais en guise de consigne, il fallait laisser son passeport russe. Comme je n’ai pas encore acheté de passeport russe au marché noir, la préposé criait et gesticulait sans arrêt en nous disant qu’elle se foutait de nous et que nous devions aller voir le directeur… J’étais crampé de rire, mais en sachant que cette scène était bien à l’image de ce qui se passe ici en Russie… Une dose de désinformation sur les médias (monopole contrôlé par le Kremlin), pas mal de protectionnisme commercial, les marchés des matières premières en hausse constante (donc revenus élevés et contrôle/chantage avec l’Europe pour Gazprom, société énergétique monopolistique contrôlée exclusivement par le Kremlin), distances politiques avec l’Europe, shake’n’bake… Et vous obtenez ce qui se passe en ce moment en Russie… Les nouvelles lois décrétées par le maître de cet état-policier, Poutine, rendent la vie misérable aux entreprises non-russes ici. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les spéculations expliquent la fermeture du consulat Canadien, Britannique et autres à SPB. J’y suis en effet allé en début de semaine pour m’enregistrer, et le consul m’a dit que c’était inutile?!?!! Je lui ai demandé pourquoi, il m’a expliqué que le consulat fermait ses portes pour toujours dans deux mois, pour des raisons politiques…
Ne commencez-pas à penser que je n’ai que des pensées négatives devant ce peuple fascinant… En fait, lorsque tu passes le stade d’étranger à connaissance, tout change. Je me suis retrouvé ici en compagnie de gens chaleureux, généreux de leur temps, patience et bons petits plats russes… Oxana, mon amie Russe que je connais depuis un bon bout de temps, me disait l’année dernière, que « ses amis sont mes amis ». Je souriais gentiment en lisant ces courriels, mais je ne pensais pas honnêtement que ce serait vrai… Dès le premier jour, Oxana et Vadim m’attendaient à l’aéroport, puis Alissa me prêtait un cellulaire pour m’aider à démarrer, Raf m’écoute patiemment parler russe, Lisa me parle de son rêve d’aller rejoindre son frère à Toronto… Bref, j’ai de la chance, je crois… : )









