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Une fois ma longue journée de travail achevée, j’ai ressenti le besoin de ventiler mes esprits en me baladant un peu. Le vent chaud pour cette période de l’année et Richard D dans les oreilles, je me suis soudain demandé ce que devenait mon ami Marc-André.
Marc-André, je le connais depuis presque 10 ans, originallement du milieu scout. Ça doit maintenant faire quatre ou cinq ans qu’il habite dans la rue, en proie à toutes les difficultés que cela puisse signifier. Notre dernière rencontre remonte à il y a un peu plus d’un an, je le trouvais bronzé, musclé, avec son chien et une poignée de ses amis. Il semble bien, pour ensuite me le confirmer, lorsqu’il me partage avec fierté qu’il croit avoir vaincu sa dépendance à l’héroïne.

Le temps de faire le tour de ses quelques spots ou je le vois habituellement (parce qu’il m’était arrivé de le voir souvent dans un état d’intoxication avancé). Finalement, ce soir là, malgré la clémence de la température, il n’y avait pas beaucoup de sans-abris près de Berri-UQAM. Je finis par le trouver, près de l’endroit de prédilection à Montréal pour trouver un peu de tout. Il est là, avec sa barbichette, sa coupe mohawk défraîchie, ses pansements, et la plupart de ce qui lui appartient sur le dos. Dès qu’il me remarque, il s’approche de moi et me reconnaît tout de suite. Nous sommes tous les deux content de se voir, même si c’est le genre de visite qu’on attend jamais. Je remarque de nombreuses blessures et des cicatrices apparentes sur son visage, j’en profite pour le questionner sur sa santé, comme c’est un gars avec peu de gêne et pas grand chose à cacher. La drogue, ça ronge son homme. Pendant quelques semaines, il a fait du crack, et il me dit que ce-dernier contenait du cristal meth et que la vitre « voulait sortir de sa peau ». Après vérification, le phénomène auquel il fait référence résulte en fait des drogues coupées avec différents produits que le corps peut difficilement assimiler. Le sang transporte les substances dans les vaisseaux sanguins pour les bloquer, pour finalement provoquer l’éclatement des vaisseaux.
Malgré le fait qu’il a l’air dix ans plus vieux qu’il ne l’est en réalité et qu’il ne connait rien de ce qui l’attend, il me dit qu’il est heureux, malgré tout.
Je lui dit que je le trouve courageux. Il est fort en fait. Il est certes issu d’une famille problématique, mais il demeure que ce gars (sur-)vit dans la rue depuis des années, se démenant quotidiennement contre les autorités, les autres démunis et le reste de la population. Il ne souffre pas de maladie mentale, sait lire et écrire, mais est incapable de se trouver un porte de sortie.
Nous bavardons ainsi, au milieu des dealers. Il vend aussi, c’est sa principale source de subsistance. Il me dit même à la blague qu’il est toujours de garde, qu’il travaille 24/24.
Il sait qu’il ne peut pas vivre ainsi toute sa vie, il se brûle. Ses yeux mi-clos, rougis, m’indiquent qu’il est probablement un peu gelé, en fait juste assez pour être suffisamment posé et répondre à toutes mes interrogations. Je sors ainsi, d’absoluement nulle part, me prenant presque pour le messie sur terre voulant sauver le petit pauvre Marc-André. Ce n’est bien sûr pas le cas, mais je me demandais bien ce que je pouvais faire pour ce gars-là, tellement perdu, mais tellement allumé.
On se donne rendez-vous pour une pointe de pizza, quand le temps sera plus froid, donc plus dur. Je lui demande entre temps de penser à ce que je pourrais bien faire pour lui. En attendant, je lui file dix piastres….
Le 29 octobre dernier au tribunal moscovite, on condamnait à perpétuité Alexei Pitchouchkine pour 48 meurtres sordides, alors qu’il en avoua 60. Pitchouchkine est le tueur qu’on appelait à l’extérieur de la Russie comme « le tueur à l’échiquier », mais plutôt connu en Russie sous le nom du « tueur de Bittsa », d’après le nom du boisé où il a commis la totalité de ses meurtres.
Pourquoi écrire cette chronique sur un fait divers en apparence? Parce que la banalité de l’affaire est symptomatique d’un réaction omniprésente en Russie, selon laquelle si le petit peuple s’entre tue sans menacer le pouvoir de quiconque, tout le monde s’en fichera éperdument.
Il a fallu que les cadavres se comptent par dizaine et que Pitchouchkine commette ses crimes de la même manière au même endroit avant que l’enquête policière ne démarre à proprement dire. Le tueur était devenu obnubilé par l’impunité dans laquelle il commettait ses crimes. Passionné d’échecs, il comptait assassiner 64 personnes, autant que le nombre de cases sur un échiquier.
Pitchouchkine ne passera pas à l’histoire. Il n’avait en effet en effet aucune motivation haineuse, politique ou religieuse. Il exécutait en fait des personnes qu’il connaissait, la plupart du temps des épaves humaines comme lui, dévastés par l’abus d’alcool.
L’essence de ce que je considère révoltant dans tout cela réside dans l’absence d’indignation collective, que globalement la vie soit plus sûre pour les Russes qu’elle ne l’a déjà été, et ce à n’importe quel prix. La justice, les politiciens et les autorité, formant une masse indissociable, se moquent éperdument du sort des individus, en autant que la masse se porte relativement bien et se taise.
Un jour, un ami quittait un bar aux petites heures du matin. En sortant, il remarqua la présence d’un cadavre sur le bord du trottoir. L’homme était criblé de balles, on lui avait aussi retiré ses chaussures, aussi absurde cela puisse-t-il paraître. Tout le monde croisait la dépouille, qui gisait là, telle une merde de chien oubliée. De toute manière, à quoi bon arrêter les passants pour les alterter de la mort d’un inconnu? Tout le monde à ses propres chats à fouetter.
C’est chacun pour soi, toujours.
Photos banales pour un quartier adorable
  
Voici un article paru en 2005, mais qui est toujours d’actualité. Je l’avais écrit à l’époque après avoir assisté à une allocution de Ed Broadbent.
Rights & Democracy Network National Mingler 2005
By Jean-Philippe Deschamps-Laporte,
Délégation HEC Montréal (QC)
Ed Broadbent, ex-chef du NPD, commentait récemment l’attitude des pays donateurs : « Quand il est question de la dignité humaine, l’aide internationale ne doit pas être vue comme de la charité, mais comme une responsabilité sociale. Nous nous devons également de posséder et de développer un système de lois et de régulations qui soutient cette même responsabilité. »
L’heure est actuellement aux mobilisations massives des populations face aux calamités qui frappent notre monde; les médias ont montré et remontré les enfants et les adultes décimés par les guerres, les catastrophes naturelles et les famines. Au-delà de ces images choc se trouvent des maux qui déchirent les nations en développement, desquels découlent les huit Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) à atteindre d’ici 2015. De l’accès à l’eau à l’éducation des femmes, ces objectifs visent à éradiquer cette pauvreté qui gangrène une très grande partie de la population mondiale. Pas Tout en respectant que les pays en développement sont les premiers responsables de leur développement, le Canada se doit de prendre la place qui lui revient sur l’échiquier de l’aide internationale au développement.
Le Canada est le seul pays du G8 à posséder la « santé budgétaire » dont messieurs Martin et Goodale sont si fiers : de larges surplus et un équilibre budgétaires en sont les principales caractéristiques. Cependant, les États-Unis et le Canada sont également les seuls renégats à ne disposer d’aucun échéancier visant à l’effacement de la dette des pays du tiers-monde. L’espoir de voir les niveaux de scolarisation, de santé et de sécurité augmenter dans les pays en développement apparaît futile lorsque le fardeau imposé par les pays de l’Ouest oblige les plus pauvres à se priver afin de repayer une dette devenue plus qu’absurde. D’un côté fusent les bonnes nouvelles, comme celle de 2000 où l’UNICEF présentait en grande pompe la gratuité et l’universalité de l’éducation pour tous en Afrique, et de l’autre côté, des organismes prétendument voués au développement des pays du tiers-monde, le FMI et la Banque Mondiale, imposent les Programmes d’Ajustement Structurel (P.A.S.) ayant comme conséquence la privatisation de l’éducation, de la santé et des services de base. Afin de dévaler la pente du développement économique effréné, le Canada est très timide lorsque vient le temps de passer aux actes, une fois les sommets et les promesses oubliés. Ces propositions visant l’effacement total de la dette des pays du tiers-monde, adoptées en 2000 et soutenues par les gouvernements Blair et Chrétien, ont vite été éclipsées par la montée du terrorisme, ce mal beaucoup plus facilement exploitable médiatiquement. Des sommes colossales ont été investies afin de prévenir le terrorisme, alors que l’endettement des pays du Sud contribue plus fortement à leur enlisement. Stephen Lewis, envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU pour la crise du SIDA en Afrique, rappelle la contribution de 0,7 % du PIB proposée par Lester B. Pearson comme seuil significatif : le Canada a perdu sa place de leader mondial.
« Clever, energetic, reliable, with whom we all are safe and protected. » Ces mots sont du procureur de Tver, Pavel Astakhov au sujet de Vladimir Poutine. Il pousse l’audace à dire que les électeurs iront aux urnes le 2 décembre comme les femmes choissent leur mari; Vladimir est le candidat idéal.
La farce des démonstrations d’amitié, d’amour et de support politique à Poutine auquel nous assistons cette semaine est d’un ridicule sans nom. Afin de donner de la légimité à son tiran, le partie Russie Unie organise, sous le couvert de l’annonymat, des rally politiques partout à travers le plus grand pays au monde. Ainsi, la piramide du pouvoir, où s’enchassent des centaines de petites piramides, joue son rôle à merveille. Les maires et les directeurs de préfecturent appellent personnellement les directeurs d’école et de jardins d’enfants pour qu’ils se joignent au rally: ils n’ont pas le choix.
À la lumière de cette mascarade, je prédis que Poutine se ravisera et tentera (avec une probabilité de succès extrêmement haute) d’ouvrir la constitution et de s’offrir un troisième mandat.
Les Russes sont des gens fiers et ils ont vécu le pire. Or, pour s’assurer une stabilité et garder la tête haute, ils sont prêt à sacrifier gros.
À lire dans Kommersant
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