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DK

Suite à de brèves retrouvailles avec ma mère (et son amie Danielle), Anna et moi les avons accompagné à Copenhague.

 

Ville organisée et décidément scandinave (mais plus libérale que la Suède), Copenhague était particulièrement merveilleuse sous le beau soleil printanier (malgré le fait que ce n’est que la mi-février. Les bâtiments y sont construits de manière régulière, dans une panoplie de couleurs à faire rougir de honte le festival des tulipes d’Ottawa.

 

Les danois sont des personages ronds, bon-vivants et son très sensibles aux questions environnementales. Leur langue partage beaucoup d’aspects avec le suédois, ce qui em permet de la comprendre, mais est terriblement guturale ce qui la fait sonner quelque peu étrange. Malgré la pluralité culturelle, le pays est très nationaliste. Un peu à l’image des empires déchus comme la France, les restes de leur emprise culturelle sur l’Europe ne font que leur rappeller que leur fierté a été écorchée.

 

Le plus gros bémol face a ce séjour demeure le coût prohibitif de la vie. Tout coûte extrêmement cher (question de taxes). Bien que le lien causal doit être fait, j’ose poser qu’il existe une relation entre cette taxation et le niveau de vie. Malgré l’absence de cocotiers et de poupounes, Copenhague décroche année après année le palmarès des villes où il fait bon-vivre. Réseau de la santé, éducation, organisation municipale, pauvreté, environnement: toutes ces catégories entrent en ligne de compte. Or, il se trouve que ce système est hautement organisé par des règles et supporté par des taxes. C’est ainsi que je suis porté à croire que les objectifs canadiens de réduction des taxes et de la taille du gouvernement (surtout dans un temps de crise tel que nous le vivons actuellement) vont à l’encontre du bien-être actuel et futur des citoyens canadiens.

Le revers de la médaille

J’ai mis le cap sur la Suède pour comprendre. Objectif flou et ambitieux, j’y arrive peu à peu, moins vite que je le croyais.

Aujourd’hui, Johnny le Bangladeshi me demande: “Vous n’avez pas de bonnes écoles au Canada? Pourquoi es-tu venu en Suède?” Pour un gars qui semble être venu profiter des ressources du pays, un gars qui fait partie de l’infime élite d’un des pays les plus pauvres de la terre, mes considérations paraissent bien futiles. Comprendre?

Mon assiduité à l’écriture est pitoyable. Ce doit être relié au fait que je suis dans ma séquence la plus studieuse de ma vie, probablement. Borlänge est très asceptisé en terme de culture et de distractions, tenant donc les démons de la réflexion bien loin de moi.

Mes caméras ramassent la poussière aussi. C’est bien dommage… Mes lentilles ne rouilleront pas longtemps, puisque quelques jours me séparent de voyages qui m’apporteront ma maman, jusqu’en Russie, en passant par le Danemark. Je ferai un petit coucou a la maison de Gagliano. Donc, la Russie sous peu. Source intarissable de paradoxes, moteur même de mon amour-haine pour ce pays damné, je sens que j’aurai le stylo qui chauffe.

Ce n’est pas la nostalgie, ni le blues, ni le mal du pays, mais ce putain d’hiver n’en finit plus. On n’est juste en Février. Pas de trois-ski, pas de patins, pas de tire sur la neige. L’hiver à Borlänge perd tout son sens.

On entend dire tellement de gens “Ah oui, la Suède, c’est si beau. Mais vous devriez venir en été”. Donc oui, dans un pays ou le sport est roi, ou les sentiers dans les bois sont pris d’assaut par tout le monde, l’hiver est une période d’hibernation sociale.

Parlant de social, je me suis mis a réfléchir l’autre jour, lorsque nous étions à Stockholm. Les pays nordiques (Scandinavie + Finlande) pétent des scores dans tous les palmarès: éducation, santé, sport, belles femmes :) , environnement, business, développement international, etc etc. Comment donc expliquer un nombre abnormal de suicides? Et ces tueries dans les écoles finlandaises? Ces jeunes qui, bravant le mur que représente les taxes, passent leurs journées à boire et à doucement s’effacer?

Le sujet serait adéquat pour un thèse universitaire, mais je me lance tout de même. Dans un pays où tout est littéralement possible, cette liberté est profondément angoissante. Le fait de réaliser que tout est ouvert, que 1000 portes s’offrent à nous et que nous n’avons pas le temps de toutes les essayer, il faut s’en remettre partiellement au hasard de la vie et à certaines intuitions. Dans certains autres coins du monde, tu nais ouvrier, tu mouriras ouvrier. Ici, tu peux devenir astronaute si cela te chante. OK, me direz-vous. En quoi cela est-il différent de chez nous, où tout est potentiellement possible? La différence, c’est le ramoneur et le docteur. Au Québec du moins, nous sommes coincés dans cette vieille mentalité pourrie, sortie directement de Séraphin: les kings ce sont l’avocat, le docteur et le maire (il y avait le prêtre autrefois, mais on l’a flushé dans les années 60). On voue au vocations classiques, particulièrement aux medecins, un statut de demi-dieu, de quasi-noblesse. Et avec tout haut, il y a un bas. Le revers de la médaille c’est que certaines vocation sont vues comme des petits métiers. Notre société se devra de poser un regard nouveau sur les formations non-classiques, pour l’avancement de l’ensemble de la population. Dans plusieurs pays européens, les ramoneurs doivent suivre une formation spécifique, équivalent à un préuniversitaire. Ils ont des responsabilités équivalentes aux pompiers, puisqu’ils sont chargés de l’inspection (systématique) préventif des système de chauffage résidentiel. Quel regard pose-t-on sur les ramoneurs chez nous? Combien de jeunes ont ce métier comme premier choix dans la belle province?

J’entends déjà certains avancer que de ne pas suffisamment valoriser les vocations classiques, de ne pas mettre de l’avant un système d’éducation qui mette l’accent sur les mathématiques et la rationalité stricte revienne à niveler par le bas, à ne pas pousser les futures générations à donner le meilleur d’eux-mêmes. J’y répond tout de suite que ce genre de moule n’est simplement pas fait pour tout le monde. Si tellement de jeunes tombent « en dehors du moule », hors du système, c’est probablement parce qu’il y a un problème avec le moule, pas les jeunes.

Donc oui, le système nordique est plein de qualités, mais laisse les jeunes face à un nombre incroyable de possibilités, ce qui génère une profonde angoisse que je crois avoir reconnu chez beaucoup de mes pairs.

Je vous tiendrai au courant ;)