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Il serait bien difficile de passer une année et demi avec autant de Chinois sans faire leur connaissance. Quoique difficiles d’approche a priori, après 7-8 mois où nous nous sommes vus à tous les jours, il fallait bien faire un raprochement.
C’est Dexter, jeune pékinois aux side-burns duveteux, adepte de la guitare électrique, qui a démaré le bal. On se l’imagine, Dexter n’est pas son vrai nom. C’est assez rigolo d’entendre les noms « anglophones » que les chinois se donnent: Jackie, Dexter, Vickie, Amy, etc. J’aimerais bien m’auto-baptiser aussi. Enfin.
J’ai lu quelque part qu’un adage chinois soutient que les Chinois percoivent la majorité des étrangers soit comme des génies, ou des triples andouilles. Ils sont silencieux et semblent réfléchir très fort, ca donne l’impression qu’ils croient que nous faisons partie de la deuxième catégorie. Les choses tournent tout de même rondement avec eux. Au cours du souper commun qui réunissait des Francais, des Chinois et tout plein d’autres nationalités, je me suis assis dans un coin avec Yang Yang, Pingye Li (alias Dexter) et une autre demoiselle de l’empire du milieu. Dexter, tel que présenté plus tôt, est le cool guy, Yang Yang est la jeune chinoise hip très girlie et l’autre est plus mainstream. Alors que je discutais tout bonnement de tout et de rien avec la demoiselle anonyme et que Yang et Li discutaient entre eux, j’ai décidé de vérifier à quel point ils étaient informés sur leur Chine. Sans le crier à tue tête, j’ai abordé le sujet du Falun Gong. Instantanément, Dexter et Yang ont cessé de converser en mandarin et se sont retrounés vers moi. Le Falun Gong est percu comme un mouvement terroriste en Chine, grâce à la propagande du gouvernement central. Aux yeux des plus informés en Chine, et ceux qui s’intéressent au sujet ailleurs, le Falun Gong est un mouvement issu des traditions centenaires du qigong (méditation et introspection), avec un accent particulier sur la moralité et les aspects sociétaires de la vie. Ce n’est ni un mouvement, ni une religion, (il n’y a pas de leader, pas de liste de « membres »). La raison pour laquelle le régime a démonisé cette pratique est que la proportion de Chinois pratiquant ce type de méditation a pris des proportions alarmantes au cours des années 90. Marx soutenait que « la religion est l’opium du peuple ». Sous cette prémice se cache quelque chose d’autre: un peuple sans religion, sans véritables syndicat, sans mouvement, sans liberté d’association est beaucoup facile à manipuler, les révoltes sont plus faciles à mater. Dans ce contexte, le gouvernement central chinois a statué en 1999 que le Falun Gong (aussi appelé Falun Dafa) serait dorénavant illégal. Tout ceux qui ont tenté de défendre le mouvement ont été torturés violament. Un rapport publié en 2004 par l’ONU fait état des atrocités commises par les autorités à l’endroits des supporters du Falun Gong. Même Google a été accusé de collusion avec la propagande du gouvernement chinois. Une recherche sur Google.cn au sujet du Falun Gong donnait des résultat qui suivait la ligne du parti central.
Bref, une fois ce sujet abordé, mes nouveaux amis chinois se sont mis à regretter un peu d’être devenus mes amis. Un malaise les a envahis, et les critiques ont vite fait surface. « Je ne suis pas informé », « Je ne suis jamais allé en Chine », « Je ne parle pas Mandarin », etc. etc. Toutes ces critiques, quoi que fondées, constituent des négations bien mal armées. Cela peut sembler loufouque, à l’heure de la société d’information et à l’accès quasi-universel d’internet, qu’un Gouvernement ait l’ambition de censurer l’Internet. C’est bel et bien le cas en Chine. Et la propagande prend la place laissée en plan par l’information manquante. Dexter et Yang soutenaient que les adeptes du Falun Gong sont des tueurs, qu’ils s’immollent en public et blablabla. Mais bon, ce n’est pas à moi de leur apporter la vérité, mais peut-être de semer le doute dans leur océan de vérités acquises.
Puis, bien entendu, nous ne pouvions pas nous enfuir de cette discussion sans aborder le sujet du Dalai Lama. Ils n’étaient même pas au courant que le Dalai Lama avait changé sa position au sujet du Tibet. En 2006, il a laissé tombé sa position indépendantiste pour une plus modérée, celle de l’autonomisme (Bonjour Mario Dumont!). Mes nouveaux amis soutenaient que le Dalai Lama avait tué des gens dans son jeune âge et que tout ce qu’il cherchait, c’est la guerre. J’étais bien médusé…
Puis, soudainement, Yang s’est exprimée: « Est-ce qu’on peut arrêter de parler de ces sujets? Est-ce qu’on peut parler de mode? » Oui, oui, répondis-je.
Quelques photos d’un autre souper, celui où nous étions tous ensemble pour une dernière fois. Evan et Kristi nous ont quitté cette semaine.
J’ai pris la mer
Les voiles tissées de rêve
La tête ailleurs
La rage de vivre
Je pense à toi
Mille contrées éloignées
Sans trop savoir quand j’y serai
Je ne saurais m’en contenter
Folie pour certain
Frivole pour d’autres
Comment rester ainsi
Assis, sans rien dire, sans rien faire?
Qui ne cherche pas un sens à tout cela?
Le mien, celui que j’ai choisi
Passe par là.
Bien loin de chez moi.
Un autre chapitre vient d’être conclue avec cette visite expresse de la Russie, en passant par l’Estonie.
Nous avons quitté Stockholm par bateau, pour rejoindre Tallinn le lendemain matin. Une fois de plus, nous avons pu admirer la débacle humaine sur ces bateaux qui sillonnent la Baltique. Avec des taxes sur l’alcool élevées, les habitants des pays nordiques profitent allégrement des eaux internationales afin de s’hydrater le gausier. Lors de la traversée Turku-Stockholm, en janvier, Anne et moi avons pu voir le pathétisme à son apogée: Une homme à l’apparence respectable, accompagné des dames et des gentils hommes, avait complètement perdu ses sens, un peu à l’image d’un adolescent achevant sa première caisse de douze. Pitoyable. Enfin.
Pays pêle-mêle, l’Estonie a su conserver son cachet historique, malgré sa constante soumission aux différents empires (Suédois, Nazi, Soviétique et j’en passe). En fait, l’agencement des édifices soviétiques, des maisonnettes en bois peint et des grattes-ciel ne fait pas si bon ménage. Les troitoirs enneigés et la température incertaine n’ont définitivement pas contribué à rendre notre séjour extraordinaire. Dans un autre ordre d’idée, le capitalisme a su s’installer dans ce pays d’une manière réfléchie, du moins en apparence (en oubliant également la crise économique mondiale qui fait un mal terrible aux payx baltes: Le PIB de la Lettonie a chuté à raison de 12% en 2008). Les Finlandais ont bien su explorer les possiblités d’investissment dans ce pays, sans toutefois le piller comme se fut le cas dans d’autres ex-républiques soviétiques.
Un petit 7 heures d’autobus nous séparait de Saint-Pétersbourg. La frontière a été la baptême russe pour mes compagnons de voyage. À l’image de tant de reliques soviétiques, les douanes puent la bureaucratie et le flux des migrants est le dernier des soucis de ceux qui sont en charge de la frontière.
Notre arrivée à St.-Petersbourg s’est fait sans accro. Ma très chère amie Oxana nous attendait sous un froid de canard. Avec sa coupe garconne et son manteau fashion au zig-zag noir et blanc, elle est entrée dans le bus, alors que tout le monde avait quitté à part nous. J’étais si content de la revoir. Je lui ai dit en russe: « What’s up? ». Des amis comme ca, que tu vois après 6 ans, puis un autre pause de 2 ans, et que tout est comme si on ne s’était jamais laissé, c’est vraiment super. Les vrais amis, c’est pas comme les plantes, pas besoin de les arroser.
Petit drame dans ma tête. Alors que ne montions les escaliers du métro, et que ces dernières étaient couvertes de neige fondue d’une belle couleur grise, nous avons vu un homme dans la soixantaine tituber dans les escaliers pour finalement perdre pied. Il transportait des sacs de plastique remplis de bouteilles et de cannettes vides, et semblait fortement intoxiqué. Il se trouvait à environ 3 mètres de nous, directement devant nous, alors que nous montions et lui déscendait. En perdant pied, il s’est lentement élancé en avant, projettant sa tête directement sur les marches de granit. Il était si proche que nous pouvions assister à la scène au ralentit, impuissants. Avant même qu’il n’ait atteint le bas de l’escalier, nous pouvions voir le sang couler par plusieurs endroits de son visage, c’était horrible. Une fois en bas, quelques passants ainsi qu’Oxana, ont tenté de le relever. Je croyais que c’était une bien mauvaise idée, car le gars venait peut-être de souffrir d’une fracture du crane, d’une commotion cérébrale ou d’une contusion cervicale. L’homme, visiblement très intoxiqué, ne voulait pas d’aide, question de fierté. Finalement, un homme au costume de camouflage est venu l’aider, avec une rigidité exceptionelle, et nous avons quitté. J’ai continué à penser à cet homme pendant toute la journée, me demandant comment se déroule sa vie, comment peut-on en arriver là, à une échelle globale. Oxana me disait de ne pas m’en faire, car cet homme était sous comme une botte, donc mou comme un chiffon. Elle me dit qu’il aurait pu tomber du quatrième étage et qu’il n’aurait rien sentit. Peut-être, me dis-je…
Le soir même, nous avons pu assister à un ballet au très célèbre théâtre Mariinsky. Un ballet majestueux, Cendrillon, de plus de deux heures, que nous avons pu admirer d’une belle loge. La vue nous permettait d’admirer autant l’orchestre que la troupe de danseurs. Nous avons par la suite, Anna et moi, terminé la soirée dans un club privé de SPB. Toutefois, avant cela, ma mère et Danielle ont eu la chance de connaître les aventures à la russe de l’intérieur. Les transports en Russie sont bien peu formalisés. Tant qu’à moi, il n’en résulte qu’un système efficace où l’offre correspond à la demande. Enfin. Il n’en demeure pas moins que le système semble un peu imperméable aux étrangers, aux outsiders. Si tu veux attraper un taxi, tu as le choix entre trois possibilités. Soit tu prends un vrai taxi (potentiellement avec un meter »), un taxi plus ou moins officiel ou la voiture de l’habitant. Étant donné qu’absolument personne ne parle quoi que ce soit autre que le russe, ma mère m’a demandé de lui accrocher un taxi afin de retourner à son hôtel. J’en attrape un et je commence à lui négocier ca serré. Le monsieur n’était pas de très bonne humeur je crois.
Les autres journée ont été remplies de visite de musée, de balades polaires et de bouteilles de vin avec Anna et Oxana. La Russie, pour une raison étrange, m’a semblée légèrement plus heureuse, et ce au travers du regard des gens. Un peu plus de sourrires, un peu plus de joie de vivre. Tout autant de nationalisme et de désinformation toutefois. Et de mesures ridicules. La Russie a été traditonellement un bon marché pour les revendeurs de voitures usagées européennes et japonaises. En 2007, lorsque j’habitait en Russie, on a déclaré que pour la première fois, on avait vendu plus de voitures étrangères que russes en Russie. En temps de crise, alors qu’on voit les chaînes de montages de AvtoVAZ (Lada) s’arrêter pendant plusieurs semaines a cause du ralentissement économique mondial, les autorités russes usent de la plus minable forme de protectionisme commercial en taxant les voitures importées à raison de parfait 100% du prix du véhicule. La réaction du publique, très sensible à la question automobile, en raison du standing social que cela représente, est sans précédent.
Bref, un excellent voyage en cette terre passionnante. Je ne me lasserai jamais de ce pays fabuleux, et parfois hideux.
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