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Le Canada dans la mauvaise direction

Cette semaine, 2000 scientifiques canadiens ont déposé une pétition afin de protester contre les coupures du gouvernement Harper dans le financement de la science.  Mesure idéologique parmi tant d’autres, elle vise a encourager des secteurs spécifiques, comme la recherche dans le domaine des hydrocarbures, plutôt que de supporter la recherche fondamentale. Le problème avec la recherche basée sur les résultats à court terme, c’est que nous nous tirons littéralement dans le pied. Un chercheur qui trouve, on en cherche… mais des chercheurs qui cherchent, on en trouve.

Le propos de ce billet vise à tracer un parralèle avec la Suède. La Suède détient un passé industriel et manufacturier similaire au notre: Bois, Sidérurgie, Énergie, Transport sont parmi les nombreux domaine où de nombreuses innovations et des succes story ont été écrites à la fois au Canada et en Suède.

La récente débâcle de l’industrie du papier au Québec est attribuable à de nombreux facteurs, mais je crois qu’il y a beaucoup à apprendre de cet échec d’une industrie phare. Pendant que les Domtar, Abibiti-Consol et autres barons du papier encaissaient les millions de dollars, peu d’investissement technologiques ont été effectués. Si on jette un regard au progrès importants qui ont été implantés dans l’industrie papetière brésilienne, on comprend pourquoi elle a fini par damer le pion au géants québécois. Même chose pour les fabriques de la rue Chabanel à Montréal: Le fondateur de Blank (vêtements faits à Montréal) nous expliquait en entrevue à l’université à quel point les équipements dans le secteur manufacturier ont durement souffert de leur désuétude, pour finalement devoir renoncer face à l’offre chinoise. Pendant toutes ces années, nous avons suivi une vision à court-terme, profitant bien des profits sans réinvestir dans l’innovation.

Le paralèle entre la recherche fondamentale et les couturières de la rue Chabanel est certes grand, mais il mérite d’être fait. Le fait d’investir dans la recherche sur les hydrocarbures (qui soit dit en passant se place dans la même catégorie que l’accord Asie-Pacifique sur les changements climatiques: un tissu d’hypocrisie qui vise à ne rien sacrifier et au années Bush en terme de recherche sur les carburants) revient au même qu’à ne pas investir dans les autres secteurs de la science: on ne sait tout simplement pas de quoi le monde de demain aura besoin.

La Suède a donné le coup de barre qu’il se doit, si elle veut réussir à long terme dans une économie globale. Elle investit 4% de son PIB en recherche, le plus haut poucentage en Europe. La région où je demeure a été développé grâce aux mines de fer et de cuivre. De nos jours, ils ne produisent plus les mêmes blocs de métal qu’ils avaient l’habitude de produire: cette production est reléguée à la Russie et à l’Ukraine. Ils produisent plutôt des matériaux technologiques à haute valeur ajoutée. Petit quizz: Si cette usine avait été québecoise, elle aurait eu l’air des manufactures de la rue Chabanel?

Ce que j’en pense.

Je m’imaginais la Suède comme étant un pays très égalitaire. Je m’imaginais les beaux principes humanistes appliqués dans la société de tous les jours. Je voyais déjà cette société s’élever en exemple devant l’Occident.

J’avais tort, mais pas tant que ça.

Au début, quand j’ai commencé à m’intéresser  au modèle suédois, je me suis buté à de nombreux critiques (principalement étatsuniens) qui soutenaient que le monde n’est tout simplement pas égalitaire. Certains sont plus riches d’autres plus brillants, ce qui, selon eux, soutient le fait qu’un système sociétaire basé sur une égalité absolue est inefficace.

Or, au fur et à mesure que mon expérience s’enrichie, je vois où le bât blesse. 

Aujourd’hui, lors de ma millième tentative de négociation avec l’agence du logement (je désire changer d’appartement), j’en ai eu la flagrante confirmation. En bref, je veux changer d’appart. Un Chinois dans ma cuisine a oublié un poulet pendant plusieurs heures dans le fourneau, ce qui a laissé une odeur terrible dans la cuisine pendant plus de deux semaines. C’en était trop. Si je dois rester ici pour encore 1-2 ans, j’ai bien envie d’avoir un endroit sain et à mon goût. Toutefois, l’agence du logement n’est pas chaude à autoriser les déménagements, parce que ça leur engendre beaucoup de travail (!). Mais je connais au moins deux personnes qui ont été autorisées (dont un Suédois). Je leur ai fait part de ma situation. La dame ne savait pas quoi faire. Elle va m’appeler qu’elle m’a dit. Après plusieurs jours d’attente, je l’appelle. On se jase en suédois, pour finalement conclure qu’elle ne pouvait pas m’aider. Va voir ma boss, qu’elle m’a dit. Ce matin, beau printemps et rayons de soleil, je rencontre la tite madame dans son ti bureau. Elle est ben fine, mais pas plus débrouillarde que l’autre tite madame. Elle sait pas plus quoi faire. Elle va m’appeler demain, parce qu’elle doit parler à sa boss. Croyez-vous que le téléphone sonnera demain? Est-ce que la boss de la boss va savoir quoi faire? La boss de la boss pourrait peut-être appeler la Reine de Suède, pour traiter mon dossier aussi complexe?

La tite madame m’a expliqué comment ça marche: Il y a la règle, et son application, qui tous deux demeurent distincts. Tiens tien, ça me rappelle la Russie tout cela.

Je suis critique, comme toujours, mais il n’en demeure pas moins que je crois que ce modèle maximise le bien-être global de la société, ce qui est le principe fondamental derrière les théories économiques. Je suis conscient que l’énorme bureaucratie que représente l’État est parfois bien amorphe, favorise parfois le nivellement par le bas, mais je la supporte. Le danger toutefois, c’est de perdre son sens critique, d’assumer que l’État sera toujours là, de respecter les limites que lorsqu’on est monitoré.

Tu es bronzé, tu roules tes R, ta face ne me revient pas: c’est bien malheureux, mais tu seras probablement victime de racisme indirect. 12 % des résidents de la Suède sont nés ailleurs. C’est énorme. Les immigrants forment une masse critique, et je crois que les Suédois, aussi tolérants et ouvert soient-ils, se sentent un peu menacés. Un peu comme la Hollande, nation très libérale, qui fait face à des affrontements (comme dans le cas du meurtre de Theo Van Gogh).

La Finlande, pays que je re-re-re-revisiterai dès mercredi, acceuille le plus petit nombre (en pourcentage) d’immigrants de toute l’union Européenne. Avec moins de 5 millions d’habitants, ils sont bien conscients de leur unicité et des défis que représentent l’immigration massive à long terme.

Je suis heureux d’avoir trouvé un boulot. Je brasserai ce département, question d’en tirer son maximum. À date, j’ai toutefois l’impression qu’ils n’aiment pas être brassés. Le conscensus social est nottament basé sur le fait qu’on ne pose pas trop de questions…

Quelques photos printanières: