Hier, lors d’un séminaire, je discutait de taxation, corruption et de services publiques avec Professeur Jesper Stage, de l’Université de Göteborg. Je ne pouvais m’empêcher de faire le lien avec mon Québec natal.
Il me demandait pourquoi ai-je décidé de poursuivre mes études en Suède, question qu’on me pose souvent d’ailleurs. Dans un contexte où de nombreux étudiants d’Afrique et d’Asie ne se cachent pas pour démontrer leur mépris envers la société et l’éducation Suédoise (ils sont attirés par la Suède à cause de l’absence de frais de scolarité), je comprends bien pourquoi on me pose la question.
Je me suis d’abord intéressé à la Suède au point de vue sociétaire alors que je me suis penché sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD en français, MDG en anglais). Il y a un peu plus de 10 ans, les nations riches ont signé un accord révolutionnaire, promettant de mettre en place une série de mesure afin de garantir un monde juste et meilleure pour les générations à venir. Au coeur de tout projet d’envergure, le financement est souvent le nerf de la guerre. Ainsi, les pays signataires du traité derrière les OMD ont promis de contribuer au développement international à la hauteur de 0,7% du produit intérieur brut (PIB). Peu de pays (d’envergure) ont atteint leur objectif. Le tableau ci-bas présente les résultats de 2005. Un astérique signifie que le pays n’a pas établis d’échéancier menant à l’atteinte de l’objectif.
| Country | Aid as % of GNI |
Country | Aid as % of GNI |
| Australia (*) | 0.25 | Japan (*) | 0.28 |
| Austria | 0.52 | Luxembourg | 0.87 |
| Belgium | 0.53 | Netherlands | 0.82 |
| Canada (*) | 0.34 | New Zealand | 0.27 |
| Denmark | 0.81 | Norway | 0.93 |
| Finland | 0.47 | Portugal | 0.21 |
| France | 0.47 | Spain | 0.29 |
| Germany | 0.35 | Sweden | 0.92 |
| Greece | 0.24 | Switzerland (*) | 0.44 |
| Ireland | 0.41 | United Kingdom | 0.48 |
| Italy | 0.29 | United States (*) | 0.22 |
Donc, pour en revenir à mon histoire, je me suis intéressé aux pays Nordiques à partir de ce moment. Comment est-ce que le Danemark, la Suède et la Norvège peuvent-ils se permettre de largement surpasser leur objectif? Au même moment où ces pays offrent l’éducation, la santé et des tonnes de services de haut calibres, le tout financé par les finances publiques?
La réponse est simple: No money, no candy. Avec montant de taxe total à la hauteur de 47,8% du PIB (deuxième au monde derrière le Danemark qui a ravit la première place à la Suède il y a quelques années), il est évident que le gouvernement dispose de beaucoup de fonds par capita pour financer les services publiques. Dans un contexte où chaque (discussion au sujet d’une) hausse de taxe suscite de vives craintes au sujet de l’exode des ____ (remplacer ici par Docteurs, Riches, Cerveaux, etc.), je me demande bien ce qui fait en sorte que le système Suédois tienne toujours ;a route, après plus 40 ans de service (bon, il a connu ses déboires dans les années 80, mais les choses sont revenues en place). Voici, dans un contexte non-scientifique et purement subjectif, en quoi la société Suédoise se distingue en matière de société, permettant ainsi de financer cette pléiade de services:
- Le Nationalisme. Les Suédois consomment, agissent et paient leurs taxes de manière nationalistes. Il achètent des produits suédois (parfois offrant une qualité similaire à certains produits étrangers pour un prix plus élevé), ils sont fiers de payer des taxes et dégagent une satisfaction de par le fait que tous vivent de manière égalitaire.
- L’incidence des taxes (et des services): Tous le monde paie des taxes, et tout le monde reçoit (grosso modo). Donc, ceci va à l’encontre d’une redistribution des riches aux pauvres, où les riches paient pour l’éducation des paurves et envoient leurs enfants à l’école privée. Tous ont droit aux même services, et les gens n’ont pas l’impression de payer sans trop recevoir. Autre aspect important: le T.I. Tout est informatisé en Suède. Il est possible (si on le souhaite) de vérifier (en quelques clics) qui paie ses taxes et que ne le fait pas. Rapport de taxes en ligne, Numéro d’assurance sociale qui englobe tous les contacts qu’un individu a avec les autorités. Bref, un grand pas en avant du Québec (alors qu’on croule sous les problème à implanter les dossiers de santé informatisés).
- La confiance dans le gouvernement. Voilà enfin le sujet de ma chronique. Les scandales concernant les finances publiques et l’acoquinement entre la classe politique et le financement n’aident en rien le désabusement des Québécois et Canadiens envers la chose politique. Un facteur beaucoup plus important subsiste, sans qu’on y accord beaucoup d’importance: la confiance en la classe gouvernante et l’efficacité du gouvernement à gérer les deniers publiques. La Suède est un des pays les moins corrompu au monde (voir la carte interactive), et cela donne confiance aux payeurs de taxes. En France ou en Espagne, on peut se targuer d’éviter de payer des taxes. On vous félicitera. En Suède, une telle chose relèverait de la profanation.
Donc voici une leçon pour nous, Québécois en quête d’une vraie sociale-démocratie: On se doit de vivre dans un monde égalitaire, tout le monde en bénéficie et vit mieux. Pour se faire, on se doit de taxer, parfois fortement. Et si on veut taxer ainsi, on se doit de garantir aux électeurs et payeurs de taxes que ces argents sont bien utilisés. Les Tremblay, Tomassi et autres politiciens verreux en sont encore loin.
