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Le Kenya en images

Petit aperçu de mon aventure au Kenya…

Mzungu! Mzungu!

(Traduction du kiswahili: L’homme blanc! L’homme blanc!)

Me voilà déjà sur le point de repartir… Je commence à peine à me sentir plus à l’aise dans mes fonctions et dans ce pays qu’il est déjà temps de rentrer en Suède.

Tout s’est très bien déroulé, sans autre ennuis majeur. Lundi dernier, je suis monté à Embu en compagnie de mon chauffeur Dickson, ce brave homme au coeur immense. Nous nous sommes parti en fin d’après-midi à bord d’un vieux Land Cruiser 1981, comme ceux qu’on s’imagine quand on pense aux safaris. C’est fou comme le climat fait en sorte que les voitures fonctionnent très bien après 40 ans… La route entre Nairobi et Embu est toute neuve, construite récemment par des intérets chinois.

Comme c’est le cas dans plusieurs pays d’Afrique, le régime Chinois échange des privilèges contre des infrastructures. Vite comme ca, l’idée ne semble pas bête: Les projets d’infrastructures sont cruciaux afin d’ouvrir les canaux d’exportation et la situation Kényane n’est pas reluisante à ce chapitre. Aussi, les travaux d’infrastructure sont enclins à des dépassements de coût et la corruption (Allô? Jean Charest?). Au delà du principe, l’application de cette idée pue l’abus à plein nez. L’exemple de l’Angola est frappant: Le gouvernement échange des infrastructures contre des droits pétroliers et un approvisionnement sous les cours mondiaux et un entrepreneur chinois s’en met plein les poches. C’est ca le problème avec l’impunité des régimes africains: ces pays sont riches, leurs habitants sont travaillants et la jeunesse relativement bien éduquée. La petite élite pourrie s’en met plein les poches, comme toujours…

Donc, en route vers Embu, Dickson et moi nous sommes arrêtés sur le bord de la route dans les environs de Wang’uru, région riche en rizières. Les enfants se ruent évidemment sur le Mzungu et me demandent quelques sous. Bon nombre d’entre eux ne parlent que le kiswahili. Après quelques instants, j’observe dans leurs yeux vitreux et jaunâtres un vide intense, une absence. Puis, le seul enfant qui connaissait un peu d’anglais me dit: « Comme nous sommes heureux aujourd’hui! », avec un détachement et une nonchalance incroyable. Son grand corps maigre flottait à l’intérieur de ce tricot trois fois trop grand pour lui. Ces enfants étaient complètement intoxiqués, probablement du à l’inhalation de vapeurs de colle à chaussures. Ils n’avaient même pas 10 ans! Juste à écrire ces lignes, j’en ai la chair de poule. La pauvreté est une chose, mais de voir des enfants, ces petits êtres sensés baigner dans la candeur et l’insouciance,  complètement défoncés, ca me rend profondément triste. C’est une quasi-garantie que leur futur ne sera guère plus reluisant que la réalité qu’ils connaissent présentement. Bon nombre de ces enfants ont fui la ville, souvent devenus orphelin à cause de VIH/SIDA ou encore le conflit armé de 2007/8.

Mon travail s’est bien déroulé. J’ai été surpris de voir à quel point les employés du ministère de l’agriculture sont dévoués et professionnels. Il y a bien sur quelques royaumes et rois au sein de l’immense appareil gouvernemental, mais ne tout et partout, je m’attendais à bien pire. Aspect intéressant: Bon nombre d’officiels que j’ai eu la chance de rencontrer ont étudié au Japon. On m’a expliqué que les efforts géopolitiques du Japon en Afrique (dans un contexte où le Japon a vu sa capacité de s’armer et d’influencer les régimes étrangers réduite drastiquement) se sont concentrés sur l’éducation de second niveau pour les africains talentueux, en leur faisant signer un contrat garantissant leur retour en sol africain. Je trouve l’idée intéressante…

J’ai donc présenté mon rapprt au big boss du programme, et il a apprécié. Je me repointerai donc le nez probablement dans les mois à venir…

Nous avons été retenu à Nyeri un peu plus longtemps, étant donné que mon collègue Kenyan a été victime d’un accident de la route impliquant un de ces motards sans casque complètement fou. Le gars en question transportait plus de 200 livres d’engrais sur sa moto et a perdu le contrôle. Une fois les policiers reparti, la nuit se pointait déjà le bout du nez. En temps normal, nous aurions pu faire les 240km qui nous séparaient de Nakuru, mais des embuscades dans la forêt sont survenues la semaine dernière, et un voyage de nuit, surtout avec un Mzungu à bord, c’est risqué. Je n’étais pas plus triste, car j’ai pu attraper le Mont Kenya à 5h du matin sous un ciel dégagé, chose assez exceptionnelle étant donné le smog, même dans la brousse. À la dernière journée de notre périple en province, j’ai décidé de changer le programme à la dernière minute. J’en avais plutôt ras le bol de rencontrer des fonctionnaires et des agronomes, j’ai donc fait la demande de rencontrer un groupe de fermiers. Ce sont eux, au fond, les bénéficiaires… Dans une région décimée par la violence en 07/08, j’ai rencontré ces 23 fermiers issus des communautés Luo, Kikuyu et Kalenjin. Ils m’ont raconté leur histoire. Je me suis assis dans l’herbe, sous l’ombre du ficus, et j’ai écouté ces vieux hommes et ces femmes aux profondes rainures travaillées par la vie. Mes collègues et les petits fonctionnaires de campagne étaient assis sur leurs chaises et j’ai insisté pour m’asseoir dans l’herbe avec les villageois. Je les ai écouté me raconter la misère et la violence qui a ravagé leurs vies suite aux élections. Les gens se volaient les uns les autres, certains étaient battus à mort et d’autres disparaissaient. Ils m’ont raconté à quel point le programme sur lequel je travaille les a amené à se tendre la main, à coopérer afin de se sortir de la pauvreté une fois pour toute. Ils ont donc travaillé de concert afin de mettre sur pied des petites coopératives de production. Ils ont donc démarré des élevages de poisson et de lapins. Ils ont aussi recu des cours sur l’insémination artificielle du bétail et une multitude de techniques agricoles. Ces gens n’ont plus faim et ont trouvé la paix. Ca m’a fait tellement plaisir de les rencontrer…

J’ai tout de même eu le temps de faire un tout petit peu de tourisme… Je suis tombé sur la maison et la tombe de Lord Robert Baden Powell, le père du scoutisme. Sa tombe et sa maison donnent directement sur le mont Kenya, dans un jardin splendide aux airs de colonialisme…

Le monde est vraiment petit, c’est définitivement le cas. Une amie américaine que j’ai vu la dernière fois à Bologne en Italie, ainsi que 2 autres collègues américaine et kényane étaient en ville. Nous avons passé plusieurs superbes soirées ensemble, ca m’a bien changé de travailler seul dans ma chambre d’hotel. Nous avons donc passé la journée de samedi dans un orphelinat pour éléphantaux, une réserve pour giraffes et un marché d’artisanat (un peu trop exigeant pour moi ce marché, les vendeurs t’abusent!). Le point culminant de ma journée de tourisme à été, sans l’ombre d’un doute, la fabrique Kazuri. Fondée en 1975, Kazuri emploie 340 personnes dans la fabrication de céramique équitable. Que ce soit de splendides bijoux ou de la porcelaine, la majeure partie de la production est vouée à l’exportation. Les employés, en majeure partie des femmes monoparentales issues des communautés les plus pauvres, sont couverts (ainsi que toute leur famille immédiate) par une assurance maladie complète. D’autant plus que les conditions de travail semblent bonnes. Je me suis toujours beaucoup intéressé au commerce équitable, et j’ai beaucoup apprécié pouvoir discuter avec ces femmes. Excellentes idées cadeau!

Il se fait déjà tard et je dois filer vers l’aéroport dans quelques minutes. Prochains arrêts: Amsterdam et Stockholm. Back to reality!

Mon séjour en images:

Comment se mettre dans le pétrin en quelques étapes faciles

J’ai quitté hier un Stockholm ensoleillé et radieux, comme si le temps me narguait. Ça faisait bien un mois que la météo s’acharnait sur nous, avec des grands vents, la pluie et le froid. Alors que je pédale tous les matins mon 35km pour me rendre à mon nouveau bureau, souvent avec un vent à écorner les bœufs, je me dis que je paie pour mes péchés. Ça à l’air que j’ai beaucoup péché….

Petit vol tranquille Stockholm-Amsterdam, puis un autre de nuit vers Nairobi. L’avion était bondé de do-gooders en tous genres et d’étrangers en quête d’exotisme. Bon nombre de Canadiens aussi. Mes voisins de cabine œuvrent aussi dans le domaine, l’un est médecin zimbabwéen à l’emploi de Médecins Sans Frontières et l’autre un semi-retraité néerlandais qui a démarré sa propre fondation à caractère éducatif.

Je loge dans un complexe religieux évangéliste, pas très loin du centre-ville et des quartiers plus huppés. Je dois dire que je suis heureux de ne pas avoir eu un chambre, comme on me l’avait recommandé, à l’hôtel 4 étoiles pas très loin d’ici. Disons que les professionnels de l’ »aid business » m’horripilent, et que la lecture d’Un dimanche à Kigali m’a révélé la face hideuse des expats riches vivant dans une bulle de confort. Où je suis, les filet anti-malaria pendent au dessus de lits simples, le personnel est gentil et semble honnête et la petite cafétéria offre une fontaine de lait chaud toute la journée pour préparer des cacaos.

Après une petite sieste, je me suis dit que je devrais explorer un peu. Je me suis donc mis à déambuler le long de Valley Road, avec ces longs trottoirs de terre battue longeant l’artère où les matatus dévalent à toute vitesse. En traversant le parc Uhuru, un homme m’accoste. Il me demande d’où je viens, me dit plusieurs fois « Karibu Kenya » et me raconte sa vie, tout ca en quelques secondes. Il fallait bien que je sois aveugle pour ne pas me rendre compte qu’il était amputé des deux bras. Je presse le pas, tout en étant poli et je lui explique gentiment que je ne peux pas vraiment l’aider… Il finit par comprendre, et me tend ce qu’il lui reste de bras, je le serre en le salue comme si de rien n’était. Je continue ma route d’un pas décidé, bien que je ne savais pas du tout où ma marche me porterait. Plusieurs fois, des gens me saluent, me parlent, et je ne suis pas tout à fait à l’aise avec toute cette attention qui m’est décerné. Voyant que le quartier où je marchais devenait un peu plus douteux, je décide de rebrousser chemin. Un homme me salue, il me demande évidemment d’où je viens, je lui répond et il se met à marcher à la cadence rapide que j’entretenais. Il me dit qu’il va étudier en sciences vétérinaires à Guelph en Ontario et qu’il avait quelques questions au sujet du Canada. Je m’arrête donc de marcher, je répond poliment à ses questions sur le multicuturalisme, le racisme au Canada, et le système d’éducation. Je fais mine que je dois continuer ma route et il me demande si je veux bien m’assoir sur les marches de l’édifice devant lequel nous nous tenions debout. Il insiste gentiment, et j’accepte. Il me raconte qu’il était étudiant à Harare au Zimbabwe et que 75 étudiants ont étés sauvagement exécutés à coup de massue et qu’il a eu la chance de fuir en Zambie grâce à un professeur Norvégien qui l’a caché dans sa voiture. Deux de ses amis sont morts au cours du voyage et les 3 amis qu’il lui reste sont atteints de diarrhées. Ils ont pris un train jusqu’en Tanzanie, puis ils ont traversé illégalement au Kenya. Il me disait qu’il voulait rejoindre le Djibouti, parce qu’une organisation chrétienne là-bas s’occupait de ses papiers pour rejoindre le Canada. Il semblait érudit (il m’a parlé de plusieurs endroits en Suède et d’autres détails qui semblaient indiquer qu’il n’était pas un bandit de grands chemin). Il me disait que le gouvernement Kenyan lui avait donné un droit de passage pour 3 semaines et que son délai était expiré. Il devait amasser 50 dollars pour faire la traversée de Mombasa jusqu’au Djibouti. N’ayant pratiquement pas d’argent sur moi, je ne pouvais faire beaucoup pour l’aider. Son histoire sembalit se tenir, et je jonglais à l’idée de l’aider un peu. Je lui ai donc donné 200 shillings kenyans (un peu plus de 2 dollars US), parce que c’est tout ce que j’avais sur moi. Il semblait très décu, mais c’est tout ce que je pouvais faire. Je lui ai adressé mes politesses et j’ai continué mon chemin.

Quelques rues plus loin, un grand homme en tenue civile m’accoste. J’en était presque déjà habitué. Il me dit qu’il travaille pour le Gouvernement de la République du Kenya, ce que je ne crois pas nécessairement. Il me dit: « L’homme avec qui vous avez parlé est un immigrant illégal ». Je lui dit: « Ah bon? ». Il me répond que ses hommes viennent tout juste de l’arrêter et qu’il est interdit de d’aider les immigrants illégaux. Ils doivent aller dans des camps, des « camps de travail » qu’il me disait. Il me suggérait de ne pas parler « à ces gens ». Il devenait de plus en plus passif-agressif, et me disait de m’arrêter, car je marchais toujours. Il m’a montré une carte d’identité quelconque (où rien ne figurait qu’il était policier ou agent secret, à ma connaissance). J’ai refusé de m’arrêter, arguant que j’étais attendu. Il me demandait où j’allais, je lui ai répondu que je devais retourner à mon hôtel (je ne lui ai pas donné le vrai nom de mon hôtel, d’ailleurs). J’ai finalement réussi à l’entourlouper et m’enfuir…

Je trouve qu’il est déjà si difficile de faire face à une pauvreté si abjecte. Pauvreté monétaire, certes, mais aussi au niveau des possibilités. Cet homme peut très bien m’avoir dit la vérité, et il est probablement dans une cellule de prison crasseuse à cause de moi. Je ne sais pas vraiment comment être poli et gentil, sans avoir un coeur de pierre ou de me faire avoir dans des histoires…

À suivre…