Ce matin, alors que nous nous affairions à plier du métal afin de fabriquer la structure à l’intérieur de collonnes de la pépinière, Gabrielle nous annonce qu’elle a entendu au bulletin radiophonique que le Chili était sur le point de déclarer la guerre au Pérou. Bon, bon. Si c’est le cas, ça me chatouille un peu.
C’est vrai que ces deux pays se détestent avec passion. Et ça fait 120 ans. Je me souviens clairement des bulletins télévisés lorsque j’ai fait un projet au Chili, et ils évocaient constamment la menace voisine. Les tanks sont à la porte, pouvait on lire parfois dans les journaux.
Un appel au Ministère des Affaires Étrangères par le CREDIL a suffit pour me redonner confiance, juste assez de temps pour défaire mes idées de rapatriment à quelques semaines de notre retour. En plus, le projet roule à fond et tout le monde participe bien…
Je serai donc en vacance à partir de demain après-midi. À moi la douche chaude (sans être obligé de se doucher en maillot de bain à cause de l’absence de murs), une journée sans poulet, un lit sans sleeping bag et pas de coq le matin pour me réveiller. Et le pire, c’est que je sais que toutes ces choses vont me manquer, une fois revenu.
Ça faisait plusieurs fois que je le voyais passer. Un maudit vieux saoul, un alcoolique fini.
L’autre jour, il nous gueulait des bétisses. N’importe quoi, du moins que ça insultait les gringos. Il porte toujours une médaille au cou, avec sa radio en bandouillère. Récemment, j’en avais assez de voir cette loque humaine nous jaser de n’importe quoi alors je fis mine de m’en aller. Il m’a alors serré la main très fortement. Je l’ai ai rendu l’appareil en lui coupant la circulation du poignet de ma main libre.
Il a les yeux jaunes, une syrose ou une jaunisse sûrment. Comme je le dis, c’est vraiment un vieux maudit. Personne ne semblait le connaître vraiment, car il semblerait qu’il écume les dépanneurs du coin à la recherche d’alcool.
Hier, je revenais tranquillement de la ville, à pied, sous le chaud soleil de 15heures. Je le vois au loin, devant mes stagiaires qui sont installés sur le parvis de la maison communale. Je préparais déjà mon argumentaire pour le faire décamper. On en a vraiment assez de ses histoires à dormir debout, selon lesquelles il serait un héros de guerre. Mais en m’approchant, j’ai vu sa main ensanglantée. Il saignait abondament. Le sang était d’un rouge foncé, et il coulait à flot, l’alcool dans son sang aidant. Une veine principale sur le dessus de la main avait été complètement tranchée, dans la coupure qui faisait plus d’un pouce de long. Il était allé demandé de l’aide, mais personne n’avait voulu l’aider. Mettant de côté mon aversion pour cet homme infame, j’ai vite courru chercher ma trouse de premiers soins. Au passage, j’ai croisé le président de la communauté, qui ne semblait pas du tout préoccupé que quelqu’un ne saigne abondamment. J’ai vraiment pris tout mon temps pour enfiler mes gants de latex, ne savant pas quelle maladie cet alcoolique imbécile pouvait bien porter. Je lui ai demandé comment est-ce qu’il avait bien pu s’être fait ça, Je croyais qu’il s’était coupé en fendant du bois.
Plus tard, on a su que la police était venue. Il l’ont emmené, notre vieux saoul. Il semblerait qu’il a menaçé sa femme à l’aide d’un couteau pour qu’elle lui donne de l’argent pour aller boire. Sa fille de 17 ans s’est jetée sur lui, la coupant. Il se serait coupé de cette manière.
Quelle personnage médiocre. Avoir su, je l’aurais laissé se vider se son sang, gros porc.
Quelques mots pour parler du projet qui avance, pas à pas. On pioche, pelte, sarcle et racle toute la journée, au plus grand dam de nos coups de soleil. Il nous reste à peine 16 jours dans la communauté, il est grand temps de se grouiller le derrière.
Mardi et mercredi dernier, une grève nationale a paralysé le pays. Les gens d’Ayacucho étaient particulièrement fâchés au sujet des soldats américains. Des Finlandaises que nous avons rencontré se sont fait menacer de mort. Nous, en bons Amish, nous somme fait écoeurés par des morons en moto. Ce n’est pas grave, parce que je les ai menacé en retour avec mon rateau. En plus, je sais qu’ils vont brûler en enfer, pendant que notre vie pure nous mènera au paradis (haha).
Je dois aussi prendre mes deux jours de vacances. Je ne sais juste pas quand!
Armé de ma bédaine, de mon chapeau de feutre nouvellement acquis, de ma barbe de cou et de ma pioche, je fais très amish. J’ai alors décidé de rejetter la technologie, les boutons et de ne voyager qu’a cheval.
On a passé la journée à sarcler, amasser des pierres et à niveller la terre dans le but de préparer le terrain pour la construction de la pépinière. On a vraiment beaucoup de pain sur la planche. Le design sera approuvé ce soir, dessiné de ma main d’ingénieur raté. On prévoit un endroit pour la terre, le compost, un magasin pour ranger les outils et les semences, un système d’irigation (goute-à-goute, si le budget nous le permet) et bien évidemment 8 lits pour les milliers de plans qui y seront cultivés. On y fera pousser des roses jaunes, des grenadines, des avocats et d’autres plantes ornementales et fruitiers, comme ces sont ceux qui ont le plus de valeur. Le vrai défi réside dans l’engagement de la communauté à participer, surtout quand nous allons quitter. Ils devront entretenir la pépinière, et surtout aller vendre les plants au marché. La semaine prochaine, on construit une muraille de deux mètres de haut, afin de protéger les plants des esprits malveillants. Donc à la fin de cette semaine, on va aller faire du lèche-vitrine pour se procurer quelques milliers de briques!
Le temps file à la vitesse de l’éclair. Plus le jours s’écoulent, plus les liens s’approfondissent avec la communauté. Je sens que les adieux seront difficiles, plus que lors de mon départ du Chili qui avait été quelque peu morose. Plus qu’à peine 3 semaines pour bien profiter du stage, des montagnes, de macher la coca, de boire la bière au goût de caramel, sans oublier de se gaver de poulet. Je nous considère extrêmement chanceux d’être ici, pour une première année c’est une grande réussite à mon humble avis. Nous avons autant pu tisser de beaux liens avec des gens modernes et urbains, les membres d’Hatun Sacha et nos amies Mirla et Lily, autant qu’avec des gens très traditionels et intègres, comme la mère de famille où je demeure.
J’espère que nous pourrons quitter ce petit coin des andes dans la joie, en ayant préparé le terrain pour 4 années fructueuses de stages Québec Sans Frontières.
Pour ceux qui aurait envie de vivre une expérience extraordinaire:
STAGES QUÉBEC SANS FRONTIÈRES 2008-2009 Nous recrutons présentement DES STAGIAIRES(18 – 35 ans) ainsi que DES ACCOMPAGNATEURS (21 ans et plus) Relevez le défi !
Venez vous enrichir d’une expérience inoubliable d’initiation à la coopération internationale: découvrir d’autres horizons, connaître de nouvelles cultures, partager des valeurs humanitaires, etc.
Le CRÉDIL, en collaboration avec Québec sans frontières, offre quatre projets en 2008-2009 :
« Alternativas ecológicas en los Andes » au Pérou
« Aux portes de l’Amazonie » en Bolivie
« D’un fleuve à l’autre » au Niger
« Aux portes du Sahel » au Mali
Ce sont des séjours de 75 jours qui auront lieu à l’hiver 2009 (Niger et Mali) et à l’été 2009 (Pérou et Bolivie).
La date limite d’inscription est le 8 septembre 2008, minuit.
Pour connaître tous les détails ainsi que les conditions d’inscription, communiquez avec Maude Beauregard au (450) 756-0011 poste 226 ou par courriel à : stagiaire-oci@credil.qc.ca.