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Berlin

Borlänge est si calme qu’il vaut mieux parfois en sortir pour mieux l’apprécier.

Je suis partit pour Berlin un peu tracassé. Moi qui m’attendait à ce que les Suédois soient disciplinés et réglés au quart de tour comme les Allemands, je me suis bien trompé. Je m’explique: J’ai dû confirmer à trois reprises l’heure de mon examen auprès de mon professeur de Macroéconomie. J’ai donc acheté mon billet d’avion pour l’Allemagne, au début septembre, en fonction de ces infos. Le jour précédent l’examen, à mon plus amusement, je lis un message sur le site du cours stipulant que l’examen a été déplacé la même journée, mais en après-midi. J’ai donc manqué mon examen. Pas de panique toutefois, les Suédois sont de grands compréhensifs. Il y aura un « re-exam » le jour de mon anniverssaire…

Ma dernière visite à Berlin remonte à Septembre 2002. Six ans déjà…

Je n’ai presque pas dormi la nuit qui a précédé notre départ. Une fois en route, je crois qu’Anna voulait me frapper tellement j’étais énervant. L’idée de renouer avec l’Allemagne m’exalte toujours autant. Je ne sais trop comment l’expliquer exactement, mais il s’agit d’un amalgame de respect mutuel et d’organisation sociale je crois.

Les prophètes de malheur nous prédisaient des nuages et de la pluie. Qu’à cela ne tienne. J’ai refusé d’emporter parapluie et imperméable. Finalement, j’ai même du acheter des lunettes fumées. (Bon OK, ce n’était pas TANT ensoleillé, les lunettes étaient si cool)

Voyager (à plus d’une personne) est toujours un défi. Compromis, décisions, résolutions de problèmes, l’éventail des défis est grand. Tout en partant le coeur confiant, on se méfie toujours de la crise. Heureusement, cette escapade nous a prouvé que nous pouvons nous endurer mutuellement sans trop d’ennui. :) Sans farce, je suis très heureux de savoir que je ne suis pas siiiiiii difficile à vivre. (Parfois, mais ça finit par passer…)

Nous sommes un peu partit sur un « nowhere ». Dans un accord tacite pour ne rien prévoir, mis à part un concert, nous voulions utiliser l’impulsion du moment pour bouger, garder les attentes basses pour un minimum de stress et un maximum d’émerveillement. Ainsi, on va dans un boutique, on demande à une fille qui a l’air cool où sont les endroits intéressant, et hop, on explore la ville. Bon OK, si on essaie de bifurquer sur le parcours touristique habituel avec cette méthode, on risque de se faire avoir. Ce fût presque le cas. On voulait visiter le musée de la DDR (République Démocratique d’Allemagne, l’état communiste pas très démocratique d’Allemagne). Le dépliant nous a bien eu. Mini et unique salle complètement bondée, beaucoup d’autres poissons comme nous se sont fait avoir pour le satané dépliant. Heureusement, juste avant de payer nos billets d’entrée, j’ai demandé au caissier si le musée était constitué uniquement de cette salle. Une fois son timide oui entendu par nos charmantes oreilles, nous avons déguerpis illico.

Anna est musicienne profesionelle. Nous ne pouvions évidemment pas passer par Berlin en évitant la salle de concert mythique de la Französicherplatz. Le soir de l’Halloween, nous nous sommes donc déguisés aussi. Tous deux tout de noir vétus, nous avons filé à travers les dédales du métro berlinois pour aller rejoindre la grande salle symétrique, tellement allemande. J’étais un peu énervé, car malgré le fait que j’ai acheté les billets il y a plus de deux mois, les places disponibles étaient très rares. Nous avons donc eu des places au « balcon de la chorale ». Dans certaines salles, cette partie est située directement au-dessus de l’orchestre. Ça perd un peu de son charme si on ne peut voir l’orchestre. Finalement, nous étions situés derrière l’orchestre, en première rangée. Les morceaux de Mozart et Beethoven nous ont bercés pendant deux bonnes heures. On pouvait sentir les vibrations des basses des cuivres et la clarté des cordes avec tant de précision, c’était fabuleux. D’une part, étant donné que j’écoute de ces temps-ci l’intégrale de Beethoven sur mon ordinateur, j’étais très heureux de pouvoir l’écouter « pour de vrai ». D’autre part, je me suis rendu compte du pathétisme de ma connaissance musicale. Une partie du concert était consacré à Alban Berg, compositeur autrichien. J’était capable de reconnaître les prouesses techniques de cette musique découpée, de l’ampleur du registre et de la synchronisation de l’orchestre. Toutefois, j’avais beau me concentrer et me relaxer à la fois, rien à faire. Je ne suis pas (encore) en mesure de l’apprécier comme les autres compositeur, à me laisser valser, en me sentir vibrer et frissonner de tout mon long. Soit que je suis un peu sourd, soit que je suis un peu idiot. Peut-être un peu des deux…

Outre cette escapade musicale, nous avons couru (pas si vite que ça quand même) les endroits plus alternatifs, les grottes où les derniers humains en fuite du hip et du trendy se réfugient. Les bières se suivaient tranquillement, au rythme des belles conversations et des rigolades. C’est tellement bien de partager une ville comme ça avec une personne qu’on apprécie.

Je me suis procuré, à ma plus grande excitation, une nouvelle (et septième) caméra film. Une célèbre Mamiya Auto Lux 35 datant de 1965. Dans mon excitation, je l’ai brisé. Stupide. Je vais la réparer, j’en suis certain. Aussi, doublement stupide, je me suis procuré un objectif soviétique, un Jupiter 37A, 135mm F3.5 pour ma caméra tout aussi soviétique FED-3. Les Russes ont copie deux types de tread-mount allemand, M39 et M42. Je n’arrivais plus à me souvenir quel était le type de ma caméra. Évidemment, j’ai acheté le mauvais… Ce n’est pas plus grave, car je pense me procurer un adapteur (pour 3 gros dollars sur EBAY)… pour le monter sur ma Canon 400D. :) Je deviens peu à peu un geek avec toutes ces caméras…

Sushis, pizzas délicieuses, döner… On s’est fait plaisir à l’estomac. Berlin est une destination de choix pour les sens… On a aussi été gâté où nous sommes demeurés. L’hôtel Transit représente une solution commode pour le porte-monnaie et le sourire. Caché au fond d’un double porte cochère, une vieille fabrque du 19ième siècle offre de grandes chambres toutes blanches, avec ses murs de brique et son accueil sympatique.

À notre retour en Suède (par le mauvais aéroport: mauvaises conditions au sol), nous avons retrouvé un pays tout changé. La neige recouvre désormais le sol, la glace menace l’intégrité de mes genoux et challenge mon équilibre sur ma bécane aux pneus bien lisses…

Quelques clichés (j’ai été paresseux, je sais…)

An other day in my swedish paradise

L’automne est bien installé. Les feuilles tombent, la pluie nous surprend lorsqu’elle ne vient pas, le merucre oscille autour des cinq degrés. Les jours racourcissent, les travaux s’empillent, les élections canadiennes approchent…

La vie suit son cours. Mes journées sont bien remplies, entre 200 recettes et 500 cafés, je tente d’être assidu dans mes études, et je passe du bon temps avec mes amis. Les temps de débauche des premières semaines semblent être loin dans ma mémoire, comme quoi je n’ai vraiment pas besoin d’aller trainer dans les (rarissimes) bars de Borlänge pour apprécier ma petite vie tranquille. Serais-je ne train de m’assagir? Sûrement pas…

Saint-Ex remplit ma tête avec sa prose aventurière et poétique, et la popotte remplit ma panse. Je tue le temps comme ça, des biscuits à la tonne (que je ne mange pratiquement pas en fin de compte, mais qui fait le bonheur de mes NOMBREUX voisins), du pain que je pétrit avec Evan, des lasagnes au saumon, des soupes au fruits de mer, et même un pâté chinois! Oh le végétarisme!

Berlin m’attend patiemment. Moins d’un mois! Ce sera l’occasion de renouer avec un ville qui a su m’enhivrer, mais que j’ai eu le malheur de connaître plus une fois la nuit tombée. Et je n’avais que 16 ans… Ce sera cette fois plus les musées et les concerts qui sauront nous captiver.

Autrement, j’apprend à connaître mon patelin plus en profondeur. Ce n’est pas Saint-Pétersbourg, ni Lima, mais j’aime me perdre dans les dédales de sentiers. Hier, je suis partit sur des sentiers de bûcherons et de chasseurs, grimpé tout en haut d’une montagne pour regarder les mille couleurs de l’automne. Une fois les pentes dévalées, le sauna m’a fait suer à grosses gouttes.

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Un peu de culture suédoise….

Surströmming

Si j’avais à résumer ça, je dirais « ignoble ». Evan, quant à lui, tout à fait dans un registre qui lui est propre, à qualifié le tout de « rotten pussy ». C’est un poisson, le harreng, qui est fermenté dans un baril pendant cinq mois, puis mis en conserve pour être vendu et consommé en septembre. À l’origine, ce procédé a été mis de l’avant afin que tous puissent consommer du poisson en automne, alors que la pêche est plus difficile. Il faut vraiment aimer le poisson pour se réduire à manger du poisson moisi. La boîte de conserve que nous avons acheté était tellement bombée qu’on dirait qu’elle était affectée par le botulisme. L’odeur est identique à celle qui reignait dans l’usine de traitement des eaux usées de la ville où nous habitions au Pérou! Smaklig måltid!

Snus

Une petite boulette de tabac sous la lèvre. Équivalent à 7-8 cigarettes selon certains. Je dirais pour ma part que c’est équivalent à 7-8 chaussettes sous la lèvre. Je peux comprendre la plaisir de fumer à l’occasion, maisvraiment pas celui d’avoir la bouche pleine de bave…

Sauna

Nous sommes chanceux aux résidences, car nous en avons deux au deuxième étage. Et ils sont pratiquement inutilisés, du moins nous avons été les seuls utilisateurs moi et mes amis, mis à part cette fois où ils y avait des chinois nus qui écoutaient la télévision dans le sauna (éteint)… Nous le prennons à la façon finlandaise, c’est à dire à environ 85 dégrés celcius, en se fouettant avec les branches d’un bouleau… Que de belles activités à faire, nus, en compagnie de ses amis!

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Des photos…

Géopolitique bancale

Lorsque j’évoquais l’idée de ce semestre à mes amis et à ma famille d’accueil en Allemagne, leurs souvenirs encore frais venaient alimenter leurs argumentaires de dissuasion. La réunification, la guerre, les intérêts et influences russes dans ce pays ne leur disent rien de bon. D’ailleurs, le grand-père de la famille Färber-Handschuch, où j’ai habité, a été fait prisonnier à Leningrad pendant le siège. Il a dû passer près de trois ans derrière les barreaux. Il m’a toutefois souhaité un bon voyage. C’est un homme incroyable.

C’est dans cette perspective que je me rends compte que j’ai n’ai pas été forgé par les tensions de la guerre froide, tel que cela a été le cas pour la génération qui me précède.

Jusqu’à ce que je ne me renseigne un peu plus, je croyais vraiment que tout cela était mort et enterré.

« Des actions unilatérales et souvent illégitimes ont provoqué de nouvelles tragédies humaines et créé de nouveaux pôles de tension. Le monde assiste à une hyperutilisation de la force, presque sans limites un abîme de conflits permanents. » [Tiré du Courrier International, hebdo n° 851 - 22 févr. 2007] Ces mots ont été prononcés par Poutine le 10 février dernier à Munich, et étaient évidemment adressés à G. W. Bush. Paradoxe : Échangez les personnages, et les textes peuvent rester les mêmes.

Mon problème, c’est ma paresse relative. Au fond, j’ai une immense envie de tout lire, de tout savoir, mais ça demande de l’énergie. Or, il est difficile de se faire une opinion claire sur ce genre de sujet, surtout lorsqu’interviennent des discours de façade, des intérêts tactiques et/ou stratégiques. Aussi, l’autre jour, j’ai lu un magnifique appel à la dénucléarisation, rédigé par Michaïl Gorbatchev. Ça a piqué ma curiosité. Je me suis donc mis à fouiller çà et là, pour comprendre que le renouveau post-9/11 était bien éphémère. Je vois aussi les révolutions géorgienne, ukrainienne et macédonienne d’un autre œil.

La Russie vient de livrer en février, à toute vitesse, des batteries de protections antimissiles Tor-M1 à l’Iran. Il apparaît que cette livraison serait directement connectée au remplacement d’Abizaid, commandant des forces américaines en Irak. En effet, ce dernier était un partisan de négociations diplomatiques avec Damas et Téhéran afin de se sortir du bourbier irakien. Au lieu de cela, on remplace Abizaid par un cowboy qui veut attribuer l’échec irakien à l’Iran.

Mes conclusions :

  • La guerre froide n’est pas aussi terminée qu’elle en a l’air. Depuis 2002, Bush a en effet retiré unilatéralement les États-Unis des traités ABM, pierre angulaire de la fin de la guerre froide.
  • L’énergie sera l’arme et le combat de demain; l’eau ceux d’après-demain.
  • Je me sens comme si j’étais aux États-Unis ici, mais en plus froid.