Henri de Laval :
Cher blogueur, pourrais-tu me dire, pour l’amour du ciel, ce que tu fais dans ce pays de taré?
Jean-Philippe :
Hum… Excellente question, elle s’impose en effet. En fait, les choses ne sont pas si pires que ça en a l’air. TOUT VA TRÈS BIEN ICI, JE NE VOIS PAS CE QUI CLOCHE. Bon maintenant que j’ai fait plaisir au FSB (ex-KGB), je peux expliquer ma raison. […Petite musique douce en arrière-plan…] Tout commence en fait à l’âge de 6 ans, alors que je me réveillais à tous les jours à 5h00 du matin pour aller écouter la série Mission Impossible des années 60 à Canal D. J’ai su à ce moment que la Russie était un pays étrange, plein de secrets, qu’une personne curieuse (moi disons) prendrait plaisir à découvrir. Puis, quelques années plus tard, j’ai reçu l’ensemble des cartes de hockey de la Série du Siècle de 1972 opposant l’URSS et le Canada (Canada-da-da, Soviet-Niet-Niet). Peu de temps après, je recevais même un bâton de hockey bleu de fabrication russe. Aussi, à un certain moment, un ami de mon père a adopté deux enfants russes, et m’avait ramené un écusson soviétique. Je le gardais jalousement comme s’il avait été fait d’or ou s’il avait appartenu à Raspoutine en personne. La semaine dernière, j’ai revu le même écusson dans un kiosque à souvenir… je n’ai pu m’empêcher de sourire.
Mon adolescence, aussi douloureuse qu’elle ait été (ben non, c’est pas vrai), fut ponctuée elle aussi de chapitres russes. J’ai d’abord été intéressé par les propos de Marx, engendrant ainsi de longues discussions houleuses avec mon père. Je sais pertinemment que je n’ai jamais cru une seconde que le communisme selon Staline, Castro, Mao ou Kim Jung-Il soit une bonne chose, mais je suis profondément charmé par l’idée d’égalité qui supporte l’idéologie (théorique). Mes années de Génies en Herbe, mes films de science-fiction amateurs (hahaha !) dans une Lada et mon séjour en Allemagne ont contribué à titiller ma curiosité pour la Russie.
Puis, plus récemment, je me suis intéressé aux auteurs et compositeurs russes et soviétiques. J’ai retrouvé là quelque chose d’unique, caché dans des méandres chargés de poésie. Aussi, je m’étais toujours dit que je voudrais faire le Transsibérien à ma retraite… La vie continuera de me surprendre, car il se trouve que je vais sûrement revenir à Montréal de Pékin le 15 mai…
Ginette de Maniwaki:
Mon petit, trouves-tu que la Russie est un pays dangereux?
J.-P.D-L.
Pas plus que beaucoup d’autres pays… OK, ce n’est pas une réponse très satisfaisante, mais le danger est un concept relatif. Donc, je ne crains pas pour ma vie à chaque moment, mais je suis plus tendu quand je me balade ici, parce qu’on doit toujours être sur ses gardes. J’avais justement une réflexion à ce sujet hier dans le métro, alors que nous revenions du match de hockey. Je regardais mes amis finlandais en faisant abstraction que je les connaissais. Outre leur physionomie différente des Russes, j’aurais facilement pu savoir qu’ils n’étaient pas d’ici. Tout est dans le regard. Le leur est vraiment amical, franc, alors que le regard de beaucoup de Russes est teinté de leur âme, la Русская Душа (Rouskaya Doucha). C’est si particulier qu’ils ont un mot pour la nommer. Bref, pour répondre à votre question ma chère Ginette, la Russie n’est pas aussi dangereuse qu’on pourrait le croire, mais il ne faut pas faire confiance au premier venu, et ça ce sent. Aussi, le fait que je sois blanc contribue (malheureusement) à assurer ma sécurité.
Jean-Guy de Sorel :
Quand est-ce que tu reviens? Tu me manques…
J.-P.D.-L.
Moi aussi je m’ennui de toi Jean-Guigui. Le 15 mai, sûrement.
Paulette de Métabetchouane :
Qu’est-ce qui te manque le plus?
J.-P.D.-L.
Franchement Paulette… Mon amoureuse, pardi! Sérieusement, je sens que je vais commencer à apprécier cette ville à son plein potentiel seulement lorsque je serai en compagnie de Mélanie. Je suis un peu freak, mais je m’assume au moins. Et je rêve secrètement à ma vie paisible au Canada, ma jobine, mon futur appareil photo super génial, voir le jour courir après la nuit à Charlevoix, blottis contre ma blonde…
Gary de Montréal :
Salut Buddy, ça va? Félicitations pour ton programme, j’aime ben ça te lire (On a le Wifi dans le parc maintenant) Dis-moi donc, serais-tu capable de vivre en Russie?
J.-P.D.-L.
Merci Gary, tes commentaires me font chaud au cœur (Un peu comme un feu dans un baril). Pour répondre à ta question, je dois te dire que ce pays offre une qualité de vie agréable pour les bien nantis, mais que pour les autres, c’est catastrophique. Avec mes minuscules deux années de Bac derrière moi, je sais que je suis plus qualifié que les étudiants qui sortent d’ici avec une maîtrise en main. Je le sais, parce que je suis des cours avec eux, et ils ne sont même pas capables de faire une moyenne dans Excel. Donc, si je le voulais, je pourrais vivre ici. Mais la subtilité est là, je suis loin de vouloir vivre ici. Les droits bafoués, un état policier, l’absence totale de soucis environnemental, et toutes ces choses qui me tiennent à cœur sont complètement ignorées ici, ce qui rendrait mon improbable vie ici misérable.
