Beaucoup de jours se sont écoulés depuis mon dernier article. Disons que le sprint final a été pas mal long.
Vendredi dernier, j’ai eu droit a une situation plutôt cocasse. Alors que nous nous regroupions pour nous rendre à l’hôtel de ville du district, un homme m’a interpelé. Il m’a emmené dans la petite épicerie du coin, pour me faire signer un papier. Me pressant, pour ne pas que je ne prenne le temps de lire le papier en question, il voulait absoluemtn que je signe le document rapidement. J’ai toutefois pris le temps de le lire. Il s’agissait en fait d’un avis de paralysation de travaux, au sujet de la pépinière. Nous n’avons en effet pas solicité les autorisations nécessaire pour construire les murs de la pépinière aussi proche de la route. Le document expliquait que je m’expose à une amende de 330 soles (120 dolars CAN) et la démolition de la pépinière… Tout ça, alors que nous étions en route pour nous rendre à la municipalité, où on nous a fait fils prédilecte (titre honorifique le plus élevé, visant à souligner un accomplissement extraordinaire) et citoyen d’honneur! On nous a remis médailles et cadeaux, dans un bel atmosphère amical.
La même journée, on est allé casser la baraque, avec nos amis de l’ONG partenaire, jusqu’aux petites heures du matin. Bière cheap, danses latines et musique ringarde étaient au menu!
Puis, vint le fatidique dimanche, où la communauté nous disait officiellement au revoir. Ils nous ont préparé des surprises, des danses et des costumes traditionels. C’était un moment très émouvant. Je n’aurais pas cru que je m’attacherais autant à ces gens au coeur énorme et au foyer si accueillant. Lundi, alors que nous sommes partis pour de bon, je n’ai pu m’empêcher d’éclater en sanglots. J’ai pris le petit Ivan, le fils de Feli « ma soeur », nous nous sommes serrés très fort dans nos bras dans un moment où le temps de défilait plus, je lui ai dit que je l’aimais et que je reviendrais le voir un jour. Durant ces quelques mois, j’étais tout comme son papa. Je le bordais le soir, je le consollais et on jouait ensemble jusqu’à l’épuisement. Le simple fait d’écrire ces lignes me remplit les yeux d’eau…
J’ai du aussi dire au revoir à la Señora Elodia, cette dame si accueillante, si gentille et ricaneuse. J’ai beaucoup apris d’elle, en peu de discussions. Les regards, les petites attentions ont chargé mon coeur d’amour pour cette famille.
Tous nos amis sont venus au terminal d’autobus, afin de nous dire un dernier au revoir. Le coeur gros, nous nous sommes vraiment dit au revoir, non pas adieu. J’aime tellement cet endroit que je doit revenir, je n’ai pas le choix.
Après plus de 18 heures d’autobus (sans compter l’escale a Lima), nous sommes maintenant au coeur de Huaraz, entre la cordilière blanche et la cordilière noire. Un peu de repos, une bonne douche chaude (après 11 jours sans se doucher!), du lavage et le rapport de fin de stage rempliront les jours qui nous séparent de notre retour, le 5 aout a 13h10 en provenance de Toronto.
Ça faisait plusieurs fois que je le voyais passer. Un maudit vieux saoul, un alcoolique fini.
L’autre jour, il nous gueulait des bétisses. N’importe quoi, du moins que ça insultait les gringos. Il porte toujours une médaille au cou, avec sa radio en bandouillère. Récemment, j’en avais assez de voir cette loque humaine nous jaser de n’importe quoi alors je fis mine de m’en aller. Il m’a alors serré la main très fortement. Je l’ai ai rendu l’appareil en lui coupant la circulation du poignet de ma main libre.
Il a les yeux jaunes, une syrose ou une jaunisse sûrment. Comme je le dis, c’est vraiment un vieux maudit. Personne ne semblait le connaître vraiment, car il semblerait qu’il écume les dépanneurs du coin à la recherche d’alcool.
Hier, je revenais tranquillement de la ville, à pied, sous le chaud soleil de 15heures. Je le vois au loin, devant mes stagiaires qui sont installés sur le parvis de la maison communale. Je préparais déjà mon argumentaire pour le faire décamper. On en a vraiment assez de ses histoires à dormir debout, selon lesquelles il serait un héros de guerre. Mais en m’approchant, j’ai vu sa main ensanglantée. Il saignait abondament. Le sang était d’un rouge foncé, et il coulait à flot, l’alcool dans son sang aidant. Une veine principale sur le dessus de la main avait été complètement tranchée, dans la coupure qui faisait plus d’un pouce de long. Il était allé demandé de l’aide, mais personne n’avait voulu l’aider. Mettant de côté mon aversion pour cet homme infame, j’ai vite courru chercher ma trouse de premiers soins. Au passage, j’ai croisé le président de la communauté, qui ne semblait pas du tout préoccupé que quelqu’un ne saigne abondamment. J’ai vraiment pris tout mon temps pour enfiler mes gants de latex, ne savant pas quelle maladie cet alcoolique imbécile pouvait bien porter. Je lui ai demandé comment est-ce qu’il avait bien pu s’être fait ça, Je croyais qu’il s’était coupé en fendant du bois.
Plus tard, on a su que la police était venue. Il l’ont emmené, notre vieux saoul. Il semblerait qu’il a menaçé sa femme à l’aide d’un couteau pour qu’elle lui donne de l’argent pour aller boire. Sa fille de 17 ans s’est jetée sur lui, la coupant. Il se serait coupé de cette manière.
Quelle personnage médiocre. Avoir su, je l’aurais laissé se vider se son sang, gros porc.
Armé de ma bédaine, de mon chapeau de feutre nouvellement acquis, de ma barbe de cou et de ma pioche, je fais très amish. J’ai alors décidé de rejetter la technologie, les boutons et de ne voyager qu’a cheval.
On a passé la journée à sarcler, amasser des pierres et à niveller la terre dans le but de préparer le terrain pour la construction de la pépinière. On a vraiment beaucoup de pain sur la planche. Le design sera approuvé ce soir, dessiné de ma main d’ingénieur raté. On prévoit un endroit pour la terre, le compost, un magasin pour ranger les outils et les semences, un système d’irigation (goute-à-goute, si le budget nous le permet) et bien évidemment 8 lits pour les milliers de plans qui y seront cultivés. On y fera pousser des roses jaunes, des grenadines, des avocats et d’autres plantes ornementales et fruitiers, comme ces sont ceux qui ont le plus de valeur. Le vrai défi réside dans l’engagement de la communauté à participer, surtout quand nous allons quitter. Ils devront entretenir la pépinière, et surtout aller vendre les plants au marché. La semaine prochaine, on construit une muraille de deux mètres de haut, afin de protéger les plants des esprits malveillants. Donc à la fin de cette semaine, on va aller faire du lèche-vitrine pour se procurer quelques milliers de briques!
Le temps file à la vitesse de l’éclair. Plus le jours s’écoulent, plus les liens s’approfondissent avec la communauté. Je sens que les adieux seront difficiles, plus que lors de mon départ du Chili qui avait été quelque peu morose. Plus qu’à peine 3 semaines pour bien profiter du stage, des montagnes, de macher la coca, de boire la bière au goût de caramel, sans oublier de se gaver de poulet. Je nous considère extrêmement chanceux d’être ici, pour une première année c’est une grande réussite à mon humble avis. Nous avons autant pu tisser de beaux liens avec des gens modernes et urbains, les membres d’Hatun Sacha et nos amies Mirla et Lily, autant qu’avec des gens très traditionels et intègres, comme la mère de famille où je demeure.
J’espère que nous pourrons quitter ce petit coin des andes dans la joie, en ayant préparé le terrain pour 4 années fructueuses de stages Québec Sans Frontières.
Tant de choses se sont passees depuis le deuil de la communaute. Le point le plus notable est sans doute notre depart pour la mi-stage.
Avant cela, nous avons eu la chance d’aller visiter les petits diables de la maternelle de Guaman Poma. On portait l’utopie qu’une pièce de théâtre sur le compost intéresserait des enfants de 5 ans. Ce ne fût toutefois pas si mal. La prof sait reconnaître lorsque les enfants sont completemnent ailleurs ou perdus, ce qui nous a passablement aidé.
Depart emouvant d’Ayacucho, tous nos amis y etaient. Les gens d’Hatun Sacha et nos amies les guides sont venus nous dire au revoir. Apres quelques coups de fils, un dernier tour au petit coin, nous etions fins prets a partir pour notre periple de 8 heures qui allaient nous mener dabord a Ica, puis, la ville d’ou j’ecris, Pisco. Le trajet a ete ardu… Le montee atteint 5000 metres, ce qui a tordu l’estomac de plus d’un de mes stagiaires. Moi, fidele a moi-meme, je dormais paisiblement… Je ne me suis meme pas rendu compte qu’une de mes stagiaires renvoyait…
Petite balade á 8 dans un taxi (plus nos gros sac a dos de randonnee) jusuqu’a La Huacachina, le temps d’attendre que le soleil se pointe le nez et nous nous retrouvions au milieu d’une oasis en plein desert. Un paysage magique, des dunes de sable fin a perte de vue, et une lagune boueuse qui ne donne pas le gout du tout d’aller s’y baigner. C’etait vraiment bizzare de se retrouver dans un lieu si touristique, entoure de gringos de notre espece. Ayacucho est si doux pour cela: pas de maudit touriste, ou presque.
Le temps de faire une saucette dans la piscine, monter les dunes de sable et remplir nos bottes de ce fin mineral, de prendre une douche chaude (oui enfin!), que nous etions deja repartis pour Pisco.
L’an dernier, au mois d’Aout, j’ai eu le droit a une bonne frousse lors du tremblement de terre de Pisco, parce que je ne savais pas si ma tres chere amie Karin, alors l’accompagnatrice du projet au perou pour le compte du CREDIL, ete revenue. Je lisais les rapports et les breves dans les journaux, et j’avais la chair de poule. Malgre les 11 mois qui sont passes depuis, la ville est encore loin d’avoir retrouve son eclat. Le paysage est en fait d’une desolation sans nom. Beaucoup de famille on simplement choisi de quitter, alors que d’autres ont pris leur courage a deux mains pour rester malgre tout. Ce n’est vraiment pas facile de voir le visage de la pauvreté ainsi, sous les tentes délavées remises au lendemain de la catastrophe. Depuis, plus rien. Les rues sont remplies de gravats, les édifices tiennent par la peur. On dirait que cette ville a été bombardée. C’est dommage, car on peut appercevoir des ruines, d’art déco ou colonial, de très bon goût.
Nous avons aussi rencontré des Québécois. Beaucoup de Québécois. Je crois que nous en avons rencontrñe 13 en 2 jours. Les plus rigolos étaient sans doute Lyne et Sophie, deux profs de primaire de Brossard. Lyne est partie, armée de sa connaissance pitoyable de l’espagnol, enseigner le français à Cusco. Nous les avons rencontré dans un restaurant sans mur, ni toit, à cause du tremblement de terre. Lyne, avec son rire gras et franc, ne laisse personne indifférent. Lorsque nous nous sommes revus, puis quittés, le lendemain de notre rencontre, elle nous a tous serré très fort et sincèrement, comme si nous nous connaissions depuis longtemps. C’était une belle rencontre chaleurese…
Nous avons aussi visité, suite à un combat de bras de fer (que je pense avoir remporté, yé!) avec l’agence qui organise les visites, les îles Ballestas et le parc national de Paracas. La visite consiste en une balade autour des îles où logent de nombreux animaux marins. Le petit hic, c’est que notre beau bateau qui empestait le gaz a connu de légers avaris de moteurs en haute mer. Nous avons du, mon groupe et moi, laisser derrière nous un groupe de coréens et notre bateau pour aborder un autre bateau qui passait par là. Puis, pour compléter le tout, le bus qui nous ramenait en ville a eu une crevaison à force de rouler sur des pneux usés jusqu¡au métal. Vive le pérou!
Demain déjà, on prend le bus vers Ayacucho. Les petites vacances sont terminées. C’est bien dommage, car je suis fatigué plus sinon autant qu’au début de ce périple. Certaines choses m’épuisent!
Lors d’une petite réunion pénarde samedi soir, je reçois un appel. C’est la petite panique au village. Le père, Felixiano, dans la famille qui accueillait Tanya est décédé. Cammionneur de profession, il devait quotidiennement affronter les vallées et les chemins tortueux des montagnes. Il est tombé dans un ravin, avec son gros camion. Malgré l’autopsie, nous ne savons pas encore s’il s’agissait d’un ennui mécanique. L’événement s’est produit près de Vilcashuaman, une ville inca située à 3400 mètres d’altitude, à 120km (mais 4heures!) d’Ayacucho.
Donc, je reviens en trombe au village pour m’assurer que tout va bien avec ma gang et les gens de la communauté. La mortalité, surtout dans des circonstances similaires, est toujours extrêmement éprouvante pour une petite communauté comme la nôtre. La nuit de samedi a été remplie de chants et de pleurs; la petite chambre de prière de la famille de Felixiano était beaucoup plus agitée qu’à l’habitude. Les femmes pleuraient le mort, pendant que les badaux suçottaient des bonbons à l’extérieur de la modeste demeure.
Le lendemain matin, je me suis levé à la première heure pour aller chercher une grande couronne de fleur. Après une heure et demi d’attente, je retraverse la village devant les passants se demandant bien ce que je faisais là.
Dimanche soir, le défunt était arrivé. Derrière une petite vitre, on pouvait voir l’homme amoché, le nez croche et la tête perçée d’un large trou au niveau de la tempe.
Le drame est surtout qu’il était le seul revenu de la famille. Le plus vieux étudie dans un institut préparatoire pour entrer dans l’armée et la cadette a à peine un an. La mère est analphabète, sans travail, et n’a que les séances de foi évangélique pour s’accrocher à la vie. Nous avons contribué un peu, à raison de quelques bûches pour les aider à cuisiner…
Le plsu étrange et malheureux, c’est qu’en moins de deux semaines, dans une communauté d’à peine 100 âmes, 3 personnes sont mortes. Une vieille dame, de vieillesse probablement. Et une petit garçon aussi, dans des circonstances effroyables, en tombant du deuxième étage.
J’espère seulement qu’ils ne croiront pas que nous sommes reliés à une genre de malédiction qui s’abat sur la pauvre communauté…