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Comme j’en parlais dans mon billet sur la St-Jean Baptiste, nous devions rencontrer le maire de la municipalité (l’équivalent d’un arrondissement) de Nazarenas ce matin.
En arrivant un peu d’avance, nous n’avons pas encore appris des coutumes péruviennes. On a du patienter légèrement dans la cour intérieur de la municpalité, qui elle ressemblait davantage à l’entrée d’un garage municipal que d’autre chose. Les travailleurs chargés du ramassage des déchets côtoient en toute indifférence dans ce lieux les conseillers municipaux et les agents de la paix. C’est ce qu’on appelle être en contact avec la base.
Finalement, étant donné l’étroitesse des lieux, on nous a déplaçé à un « back-store » de restaurant qui sert en fait de garderie. Heureusement pour le maire et ses assistants, la garderie était vide et on a laissé les crayons de cire de côté. Se faisant attendre un peu, les minutes continuaient à défiler rapidement, pendant que Katina (la chargée de programme au CRÉDIL en visite à Ayacucho pour une semaine) s’impatientait. Puis, le maire, qui est médecin, nous a reçu dans de nombreuses accollades chaleureuse. Le temps de faire un petit discours, il était toutefois déjà repartit.
On a été bien reçu, surtout du fait que nous avons illustré le lien entre le respect de l’environnement et la santé de la population. En fait, dans notre cas, le lien est plutôt direct. Étant donné que le camion de la collecte de déchets se pointe timidement le nez qu’un seule fois par semaine, ne passant que par la rue prinpale, les habitants de Guaman Poma se résoudent donc à jeter les déchets du haut de la falaise. Avec le temps, les déchets s’accumulent le long des parois et sur le rebord de la falaise. Les enfants, les poules, les moutons et les chiens y circulent donc, au beau milieu des tonnes de déchets. Mes petits frères adorent même aller dénicher des trésors dans les poubelles, pour souvent se les mettre dans la bouche.
J’ai été fier de notre présence, car je crois que nous avons fait bonne impression. Reste à savoir si le tout va s’évaporer discrètement, comme tant de voeux pieux de politiciens.
Eux aussi ils était content de nous recevoir. À 9 heures du maint, ils ont même sortit le Perú Cola et les biscuits sodas pour nous le démontrer.
Peu de mouvements ont secoué l’Amérique du Sud aussi fermement depuis les 100 dernières années que le Sentier Lumineux.
Ayacucho a été la nid d’inombrables révolutionsdepuis l’époque pré-inca. C’est d’ailleurs pour cette raison que Abimaël Guzman a choisi d’y ériger le siège de sa révoution maoïste.
Je me souvenais vaguement de ce nom, Sendero Luminoso, au travers des bribes de souvenirs de l’actualité internationale des années 90. J’étais loin de me douter qu’en me dirigeant vers Ayacucho j’allais être en contact si étroit avec l’Histoire. Et cette histoire encore toute fraîche, sur qui la Commission sur la Vérité a fait la lumière au tournant des annés 2000, a laissé le pays avec 70 000 personnes en moins.
Avec les mots qui brûlent la langue, les péruviens ont choisi de nommer cette période « la violence sociale ».
Pour dire à quel point nous sommes au coeur des événements, il suffit de regarder autour de nous. Le chemin que nous empruntons à pied pour nous rendre en ville passe par un trou dans la muraille qui protège l’Université San Cristobal de Huamanga, située à moins d’un kilomètre de notre village: C’est là que Guzman a réussi à endoctriner des centaines de futur professeurs et professionnel de la région. Guzman, alias Camarade Gonzalo, a également été responsable d’une école secondaire expérimentale nommée… Guaman Poma de Ayala. En regardant au loin, depuis notre village, nous pouvons appercevoir à quelques kilomètres d’où nous habitons, la prison d’où se sont échapés 78 membres du sentier lumineux.
Ici, on voit encore des centaines de manifestations par année. Ayacucho est la troisième région la plus pauvre du Pérou et sa population est fortement indigène ou métisse, eux qui ont une fibre revendicatrice. Le Sentier Lumineux n’est pas aussi éteint qu’il ne le semble, surout pas dans le coeur de tous ces gens qui s’y sont embarqués à ses débuts, dans le but de mettre fin aux inégalités. Et puis vinrent les emerdemments de Mao, la révolte armée, les inombrables bavures policières et militaires et tout le tralala.
Guzmán a choisi Ayacucho pour sa tendance à la révolte et pour sa pauvreté. Ne se plaint pas celui qui a la bouche pleine, dit-on.
Est-ce donc pour cela que nous Québécois sommes majoritairement de nature apathique, restant de marbre devant les mouvances politiques et sociales?
Petit retour à la brunante dans ma grande famille.
Je suis crevé. Mais tout cela va passer très vite. J’écoute du Rock au café internet et je jase avec ma douce, je ne crois pas qu’il n’y ait de meilleur remède!
Je me sens maintenant à l’aise ici, au milieu du dédale et de la fumée d’exhaust. Tout de même, je sens que ça va me prendre plus de temps que prévu pour me remettre dans le beat latino, des trucs faits à moitié, des excuses bidons et de la procrastination. Je sais pertinnement que notre travail ne vise pas en premier lieu la construction d’infrastructures ou d’un projet aux échéanciers stricts. Tout de même, nous avons tellement de possibilités et nos efforts à la marge pourraient, en plus de générer une belle occasion d’échange interculturels, aider les gens réellement. Aussi dommage que cela puisse parraître, l’échange culturel n’a jamais mis je pain sur une table.
Je pense à mon petit Montréal….
Hier, on a eu droit à toute une fête pour notre arrivée. Toute la communauté s´est réunie dans la salle communautaire pour nous accueillir chaleureusement. On a eu droit aux danses, aux chansons ayacuchanaises, le tout agrémenté de mondongo, un plat traditionnel à base de boeuf et de maïs qui prend toute une nuit à cuire sur un feu de bois.
Nous avons aussi ajouté à la fête, avec une interprétation catastrophique de « Dondaine Laridaine », suivi de quelques mots de ma part en Quechua.
Puis, nous avons intégrer nos familles. Je vis dans un grand foyer de 15 personnes (plus moi!), en plus de la douzaine de cuy (cochons d´inde), des poulets, des lapins, du perroquet, du minoux et du chiot. J´ai ma chambre, au deuxiéme étage, pour laquelle je dois emprunter une échelle afin d´y accéder! J´adore ça…
Quelques détails demeurent toutfois flous… Ex: La douche se trouve a lentree de la maison, comme ça, avec une pomme de douche qui pendouille des cannes à sucre. Je me verrais mal, aussi impudique sois-je, me mettre flambant nu dans l´entrée de la maison.
Mon père d´accueil est un homme afable, petit, un peu requevillé. Il parle plus quechua qu´autre chose. Je lui ai posé des questions simples en espagnol, et il ne semblait pas comprendre. C´est bien le monde à l´envers!
Ma famille est immense. On est 15 à vivre dans notre maisonnette très bien aménagée. Les grands-parents, les cousins, les frères et soeurs, je n´arrive pas encore à démêler les liens, bien que cela n´ait aucune importance. Je joue avec les petits enfants jusqu´à en perdre le souffle.
J´ai de belles discussion avec cette famille tissée serré. Je leur ai dit d´être fier de leur langue, de leur culture. Chez nous, les pensionnats indiens ont ravagés une culture. À l´époque du Ministère des affaires indiennes, où on les appellait les sauvages, on les as brisés. Ici, ils ont la couenne dure et la fibre de la résistance bien ancrée.
Je travaille fort, malgré tout. J´ai une stagiaire de malade, et les autres sont en adaptation à 100 km/h. Je me repose bien, je prends mon temps et je reste vigilant. Il reste que tout ça, aussi facile celui puisse parraître, demeure exigeant.
Hier, après avoir animé une émission à la radio d´Ayacucho (haha!) je suis allé rendre visite à la communauté qui nous accueillera pour tout l´été.
Situé à flanc de montagne, l´air y est pur et le contraste avec la ville d´Ayacucho est poignant. Bien que situé à peu de temps du centre ville, on se croirait ailleurs. Les montagnes vierges déferlent, ce n´est la limite de notre vision que nous empêche de voir davantage des Andes, du coeur de la Sierra. Au loin, on peut apercevoir l´obélisque de la cité Wari, autrefois une communauté indigène imposante dans la région.
Nous avons, Orlando, Gabriel, Nathalie et moi, rencontré les membres de la communauté afin de finaliser les derniers détails en ce qui concerne l´accueil des stagiaires. Les quelques familles concernés sont venues à notre rencontre dans la salle communautaire. La salle n´était éclairée que par la vive lumière du soleil qui entrait par les portes de fer. On pouvait distinguer les profils des hommes, des enfants et des cholitas, ces femmes indigène portant un chapeau de feutre, de longs cheveux tressés et des tissages très colorés.
Au début, ils semblaient à la fois emballés par notre venue et craintifs face à l´inconnu qui les attend. Ils étaient très curieux de savoir ce que l´on mangerait, de connaître la manière dont on vivrait. J´ai tenté d´être le plus attentif possible et de faire preuve de compréhension et de diplomatie. Ils m´ont questionné sur un grand nombre de sujets, à ma plus grande satisfaction. À un moment donné, une cholita toute timide a parlé en quetchua à sa voisine, qui m´a traduit en espagnol: « Nos lits sont probablement trop petits pour vous! », puisqu´ils trouvent que nous sommes très grands. Je leur ai répondu, en mimant un peu, que nous ne dormions pas dans la position du piquet… Ils s´exclafèrent, ce qui a contribué à détendre l´atmosphère, qui n´était pas tendue à la base.
Le président de la communauté, Eddy, et sa très gentille femme, font preuve d´une humilité extraordinaire et d´une bonté sans borne. Tout cela se voit dans leurs yeux. Ils nous ont reçu dans leur petit commerce, fraîchement construit. Les enfants tourbillonnaient autour de nous, nous chassant du regard. Il faut croire que les invités qui viennent d´aussi loin sont rares pour cette communauté.
J´ai une très bonne impression à l´égard de la communauté et j´ai hâte de voir la chimie qui va se créer entre les stagiaires et les habitants du village. Nous avons une responsabilité encore plus grande, du fait que nous sommes les pionniers dans cette communauté et que plusieurs groupes nous suivrons. Nous devons jeter les bonnes bases afin de mettre l´accent sur la relation que nous établissons avec eux, plus que l´argent ou les relations de dépendance Nord/Sud.
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