Je tourne la page sur une étape de mon aventure suédoise. J’ai mon diplôme en main, sans toutefois ressentir le soulagement espèré. J’attribue cela au fait que de me relâcher maintenant, de faire vraiment le vide, nuirait à ma prochaine grande étape: le doctorat. Je vois les deux prochaines années comme une grande traversée du désert. La première année, surtout, sera tellement ardue. Je me sens prêt pour affronter le défi, toutefois. C’est pour moi une étape nécessaire, afin de passer d’ignorant diplômé à ignard sur-diplômé. Ça facilitera aussi le « signaling », à savoir si je veux travailler quelque part dans le monde, un doc m’aidera à ouvrir des portes, plus qu’une maitrise. Mais je n’en suis pas là…
Hier, nous avons reçu notre diplôme. Ô combien moins pompeux que les cérémonies Nord-Américaines, le tout était simple et humain, à l’image de la Suède.
Je passe beaucoup de temps avec Patrik, Zandra et Filippa. Copains suédois, ils fût un temps où ils étaient mes étudiants. Ils m’ont fait voir une toute nouvelle facette de ce pays, avec leurs confortables chaumières et leurs grands coeur. Parce qu’en près de 22 mois en Suède, je ne connaissais pratiquement personne du coin. Mais des nigériens, allemands ou espagnols, j’en connaissais à la tonne.
De retour à Montréal demain. J’ai bien hâte, mais je suis épuisé de l’intérieur. Mon petit coeur se fait barouetter de pays en pays, d’année en année. Je serai en ville pour près de 2 mois, jusqu’au 6 aout. Puis, de retour dans mon coin de pays, à m’entrainer pour une course de cross-country et mes éternelles ride de vélo.
Je mets une chanson au hasard sur mon iPod: Bring your daughter to the Slaughter, de Iron Maiden. Tiens, c’est une drôle de chansonnette.
J’ai fait mes débuts comme assistant d’enseignement à l’automne dernier. Finance, Microéconomie Intermédiaire, Analyse de Marché: les cours m’intéressaient pas mal, mais le défi en soi était pas mal plus intéressant. Après tout juste un an en Suède, on m’offrait ma chance. Je n’ai pas manqué de travailler de longues journées afin d’en mettre plein la gueule à mes étudiants. J’ai même reçu un email qui disait en gros ceci: Come on Jean, I stayed up all night to do your assignment. I wasn’t expecting this: it’s only Dalarna University…
Et c’est ça le problème. Il y avait originalement que 2-3 universités qui avaient le droit de décerer des doctorats, et depuis que le système a été élargi, les « nouvelles » universités sont vues comme faisant partie d’une seconde classe. Il n’en est toutefois rien. Il y a une grande mobilité entre les institutions, ce qui fait en sorte que je peux choisir dans quelle université je vais suivre tel ou tel cours. Ainsi, les diplôme (et les cours) s’équivalent grandement entre les universités…
Cette session-ci, je suis un vrai de vrai chargé de cours. J’ai mon propre cours, Mathématiques pour Administration des Affaires et Économistes, révision des Maths du CÉGEP. J’enseigne aussi la Microéconomie, comme un grand. Et j’aime ça. Je suis payé (et bien à part de ça) pour délirer devant 100 étudiants un peu blasés, et je dois dire que je pense donner un bon show. Je me suis fait décrire comme étant strict, but fair. Ça fait mon affaire.
Il reste que tout ça est bien drôle. Moi, l’étudiant exécrable, désordonné et insolent, je deviens prof. Je fais avaler les cellulaires aux étudiants qui sonnent, je remets à leur place les étudiants qui me pressent pour avoir une pause et je ris dans ma barbe lorsqu’un étudiant fait le minimum et me blâme parce qu’il ne comprend pas. Je ne suis pas un tiran pour tout autant. Si on était dans un canot, mes étudiats seraient ceux qui rament. Les surfeurs et les nageurs peuvent rester chez eux. Et je crois que ça marche.
Je goûte aussi à des choses dont je ne me serais pas douté. Recevoir des courriels d’admirateur (de nos jours, on ne sait pas le gendre) anonyme, ou encore aider un étudiant à réviser dans son bloc-note et appercevoir des caricatures et des moqueries à mon propos. Il y a très peu de temps, j’étais celui qui faisait les charicatures…
Il reste que c’est probablement ma meilleure job à vie.
Depuis quelques jours, ça n’arrête plus. J’ai même de la misère à suivre le rythme…
Les Suédois ont la réputation d’être des ivrognes et des fêtards: Je confirme le tout. Même pour la maîtrise, on inititie tout le monde ici. C’est très bien compte tenu du fait que la tradition du « frosh week » n’est pas très répandue en Europe.
Donc, pendant deux semaines, une trentaine de Suédois et Suédoises sont déguisés avec une chienne de mécanicien couverte de « patch », en plus des indispensables verres fumés. Ils crient, sans arrêt, parce que nous sommes des NØllan (Zéros), soit juste après le « Total Vacuum ».
Party tous les jours, bbq avec saucisses à profusion, bière de mauvaise qualité, danses ridicules, bref une vraie initiation. C’est très bien quant à moi, puisque nous faisons la connaissance de beaucoup de gens, surtout de Suédois, puisque nous sommes surtout isolés entre étudiants étrangers. Comme disait Félix, les désunis s’assemblent…
J’ai eu mon premier cours ce matin, Macroéconomie, avec un personnage rigolo comme prof. C’est vraiment exactement le même contenu que les cours que j’ai eu en troisième année à HEC. Je n’aurai donc aucune raison d’être nul…
Samedi, je m’enligne pour une belle balade avec « La rutilante » (ma bécane) jusqu’à Falun (prononcez Faaaaaaaaalun), où demeure une russe de Sibérie dont j’ai fait la connaissance sur Facebook dans le processus de recrutement pour la maîtrise à Högskolan Dalarna. Ce sera donc l’occasion de prendre mon temps, prendre des photos dans la campagne suédoise entre deux coups de pédalier, pour finalement partager une tasse de thé avec quelqu’un qui semble très gentil.
À propos Russie, voici un petit vidéo fantastique de la très talentueuse Regina Spektor:
Quelques photos…
À propos photo… La semaine prochaine j’irai chercher les produits chimiques dont j’ai besoin pour développer mes négatifs dans… ma salle de bain! Comme j’ai hâte!