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Pays lointain, idyllique pour certains, la Suède fait rêver. Elle fait rêver les milliers de familles Suédoises ayant quitté au 19 et 20e siècle, fait rêver bon nombre de citoyens de pays émergents et fait finalement rêver les Français qui en ont marre de la République et les Allemands en quête de grands espaces (mais pas trop loin de la maison tout de même). Je suis donc de retour dans ce grand pays que je connais à la fois, comme je ne le connais pas du tout en même temps. Je le connais pour côtoyer des Suédois sur une base régulière, mais pas autant que si j’avais eu la chance de vivre au sein d’une famille suédoise. Mon microcosme international m’isole.
Jusqu’ici, rien de nouveau. Je radotte.
La Suède n’est pas fait pour moi.
Hier j’en discutais avec mon amie Nadezda Lebedeva, cette sibérienne de 30 ans qui habite près de chez moi, celle qui est toujours partie à la conquête du monde. À Noël dernier, je l’appele pour lui souhaiter mes meilleurs voeux. Elle me dit qu’elle n’a pas vraiment le temps de discuter, parce qu’elle sautait dans son vol pour… Mexico! C’était le même prix que de rentre à Novosibirsk, mais en un peu plus chaud.
Même constat avec ma correspondante mystèrieuse, Elgui Sosa Lerin. Nous avons commencé à nous écrire à cause de mon blog (!). Mexicaine d’origine, Winipégoise (?) d’adoption, Corréenne à ses heures, elle vivait à Malmö l’an dernier. Nous entretenons une correspondance enflammée, sur tous les sujets, nottament le beau pays des vikings.
La Suède et les Suédois ont un quelque chose de refoulé. Une frustration intérieure, une gravité dans l’âme qui est difficile à cerner. Ils se sont dotté d’un des meilleurs système social au monde, et d’un des appareil étatique les plus lourds au monde du même coup. De nombreuses règles régissent ce pays, certaines se voulant régisseures de la nature humaine. La manière dont ils veulent encadrer à outrance la consommation d’alcool, les petites entreprises ou les heures d’affaires est incroyable. J’ai déjà fait état sur ce blog de la rigitdité des règles concernant l’alcool. Je suis convaincu que cette inflexibilité cause plsu de mal que de bien, en déresponsabilisant les individus face à leur comportement, les empêchant d’apprendre par eux-mêmes. En ce qui concerne l’entrepreneriat, l’État suédos admet quasi-ouvertement qu’il ne veulent pas vraiment encourager les PME. Ils croient en effet que les grandes entreprises (IKEA, SAAB, Ericsson, Electrolux, ABB, SSAB, etc.) peuvent faire une utilisation marginale plus haute des subventions étatiques, selon l’idée que des économies d’échelles sont réalisées et que certains avantages sociaux peuvent être offert en grande entreprise (ex. Médecin sur les lieux de travail). En conséquence, on trouve peu de petits commerces exploités par des Suédois. Ainsi, à Borlänge, malgré le fait que la ville compte plus de 50 000 habitants, il n’y a qu’un seul “café”, qui ressemble en fait à une cafétéria d’école secondaire. Seul les prix permettent de faire une différence…
Mon ancien prof de philo et bon ami Michel me disait que la Suéde était trop square pour moi. Je n’étais pas certain de savoir ce qu’il voulait direà l’époque. Je ne me suis jamais senti aussi latin de ma vie. Je comprends désormais ce qu’il voulait dire. Tout réglé, tout propette, c’est drab. Trop pour moi en tout cas…
PS. Amis académiciens, que pensez-vous de mon (hypothétique) sujet de thèse?
Time preference among cultural groups: Is there an optimum? Do richer countries account for longer time preference in consumption? Does it have an influence on poverty?
Ça m’est venu en attendant le train. D’où l’importance de toujours avoir de quoi écrire…
Je regarde ces petits enfants qui n’ont peur de rien. Je regarde dans leurs yeux pleins de vie et je me questionne. Je me demande bien ce qu’il adviendrait de cette adorable Keiko, ma petite soeur de 2-3 ans, si je la faufilais dans mes bagages.
Loin d’être damnés ou relégués à une existence à la destinée déjè tracée, le futur de la force vive de ce pays est hypothéquée. Une pays qui fait encore 7 enfants par famille, comme c’est le cas où je demeure, a son avenir bien devant lui. Il existe ici un désir inhérent de changement, mais il y a tellement à faire qu’on dirait que les gens ne savent pas par où commencer.
Dans un contraste bien frappant avec le Québec, on déconseille aux gens d’étudier en infirmerie ou en éducation, à cause du trop grand nombre de chômeurs avec cette formation. Je ne crois toutefois pas que ce soient les postes qui manquent, à voir les armées de fillettes et garçons qui dévallent les rues matins et soir. Même chose pour les infirmières: Après avoir expérimenter bon nombre d’établissements de santé au Pérou la semaine dernière (!), je peux dire que le staff ne manque pas. J’ai été en fait agréablement surpris de la qualité des soins et des tarifs abordables de l’hôpital gouvernemental. Exemple: 6 comprimés de Ciproflaxine coûtent environ 30$ chez nous. Ici, il nous en a coûté 0,72 centimes de nuevo sol (0.20 $CAN). C’est une très très bonne chose, compte tenu des chiffres qui sont sortis récemment au Pérou: les régions rurales de la sierra (donc hors de la ville d’Ayacucho) comptent le plus haut taux de pauvreté du Pérou, soit près de 75%.
Ces mêmes chiffres ont causé tout un tollé dans tout le Pérou, car on a accusé le gouvernement de traffiquer les données, à des fins électoralistes. Bien que le PIB soit en constante croissance depuis la fin du régime dictatorial de Fujimori en 2000, on arrive bien mal à comprendre comment la pauvreté a pu chuté de 5.2% en une seule année, la faisant chuter à 39.3%. Dans une annonce publique, le Président Garcia, un peu avant d’annoncer que Lima serait candidate pour les jeux olympiques de 2020(!), il a dit qu’a ce rythme (-5% par année, Year over year…), le Pérou n’aura plus de pauvreté dans quelques années. Belle régression linéaire, Monsieur le Président!
Petit retour à la brunante dans ma grande famille.
Je suis crevé. Mais tout cela va passer très vite. J’écoute du Rock au café internet et je jase avec ma douce, je ne crois pas qu’il n’y ait de meilleur remède!
Je me sens maintenant à l’aise ici, au milieu du dédale et de la fumée d’exhaust. Tout de même, je sens que ça va me prendre plus de temps que prévu pour me remettre dans le beat latino, des trucs faits à moitié, des excuses bidons et de la procrastination. Je sais pertinnement que notre travail ne vise pas en premier lieu la construction d’infrastructures ou d’un projet aux échéanciers stricts. Tout de même, nous avons tellement de possibilités et nos efforts à la marge pourraient, en plus de générer une belle occasion d’échange interculturels, aider les gens réellement. Aussi dommage que cela puisse parraître, l’échange culturel n’a jamais mis je pain sur une table.
Je pense à mon petit Montréal….
Une fois ma longue journée de travail achevée, j’ai ressenti le besoin de ventiler mes esprits en me baladant un peu. Le vent chaud pour cette période de l’année et Richard D dans les oreilles, je me suis soudain demandé ce que devenait mon ami Marc-André.
Marc-André, je le connais depuis presque 10 ans, originallement du milieu scout. Ça doit maintenant faire quatre ou cinq ans qu’il habite dans la rue, en proie à toutes les difficultés que cela puisse signifier. Notre dernière rencontre remonte à il y a un peu plus d’un an, je le trouvais bronzé, musclé, avec son chien et une poignée de ses amis. Il semble bien, pour ensuite me le confirmer, lorsqu’il me partage avec fierté qu’il croit avoir vaincu sa dépendance à l’héroïne.

Le temps de faire le tour de ses quelques spots ou je le vois habituellement (parce qu’il m’était arrivé de le voir souvent dans un état d’intoxication avancé). Finalement, ce soir là, malgré la clémence de la température, il n’y avait pas beaucoup de sans-abris près de Berri-UQAM. Je finis par le trouver, près de l’endroit de prédilection à Montréal pour trouver un peu de tout. Il est là, avec sa barbichette, sa coupe mohawk défraîchie, ses pansements, et la plupart de ce qui lui appartient sur le dos. Dès qu’il me remarque, il s’approche de moi et me reconnaît tout de suite. Nous sommes tous les deux content de se voir, même si c’est le genre de visite qu’on attend jamais. Je remarque de nombreuses blessures et des cicatrices apparentes sur son visage, j’en profite pour le questionner sur sa santé, comme c’est un gars avec peu de gêne et pas grand chose à cacher. La drogue, ça ronge son homme. Pendant quelques semaines, il a fait du crack, et il me dit que ce-dernier contenait du cristal meth et que la vitre « voulait sortir de sa peau ». Après vérification, le phénomène auquel il fait référence résulte en fait des drogues coupées avec différents produits que le corps peut difficilement assimiler. Le sang transporte les substances dans les vaisseaux sanguins pour les bloquer, pour finalement provoquer l’éclatement des vaisseaux.
Malgré le fait qu’il a l’air dix ans plus vieux qu’il ne l’est en réalité et qu’il ne connait rien de ce qui l’attend, il me dit qu’il est heureux, malgré tout.
Je lui dit que je le trouve courageux. Il est fort en fait. Il est certes issu d’une famille problématique, mais il demeure que ce gars (sur-)vit dans la rue depuis des années, se démenant quotidiennement contre les autorités, les autres démunis et le reste de la population. Il ne souffre pas de maladie mentale, sait lire et écrire, mais est incapable de se trouver un porte de sortie.
Nous bavardons ainsi, au milieu des dealers. Il vend aussi, c’est sa principale source de subsistance. Il me dit même à la blague qu’il est toujours de garde, qu’il travaille 24/24.
Il sait qu’il ne peut pas vivre ainsi toute sa vie, il se brûle. Ses yeux mi-clos, rougis, m’indiquent qu’il est probablement un peu gelé, en fait juste assez pour être suffisamment posé et répondre à toutes mes interrogations. Je sors ainsi, d’absoluement nulle part, me prenant presque pour le messie sur terre voulant sauver le petit pauvre Marc-André. Ce n’est bien sûr pas le cas, mais je me demandais bien ce que je pouvais faire pour ce gars-là, tellement perdu, mais tellement allumé.
On se donne rendez-vous pour une pointe de pizza, quand le temps sera plus froid, donc plus dur. Je lui demande entre temps de penser à ce que je pourrais bien faire pour lui. En attendant, je lui file dix piastres….
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