Recevez mes mises à jour!

Entrez votre courriel:

Creative Commons License
Le contenu de ce blog par JPDL est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.5 Canada.

Chronique Canadienne

Le fait de vivre en Suède ne me guérira définitivement pas de ma douce maladie: news-junkie.

Ma première semaine du haut de mes 23 ans a été prolifique, au Canada du moins. Une coalition Rouge-Bleu-Orange, bref les désunis Anti-Harper, ont failli renverser le gouvernement.

À force de lire les articles du ROC et tout ce qu’il y a de conservateur dans notre beau pays, je me souviens pourquoi est-ce qu’il y a autant de souverainistes dans la belle province. Les paroles douces de Harper au cours des dernières années, qui ont réussis à faire mordre des gros poissons comme la Beauce et la région de Québec, se sont vite envolées cette semaine. Les mots « separatists » and « quebecers » n’avaient plus rien de doux, ils étaient plein de mépris et d’arrogance, comme on connait les héritiers de Manning. La reconnaissance de la Nation, le siège à l’Unesco, tout ça c’est du vent. Quand on commence à parler démocraties, droits humains, concept de société, on frappe un gros noeud. Les Albertains nous prennent pour des bébés gâtés. Avant le boom pétrolier de la province, c’était qui les bébés gâtés? Avec un baril de pétrole à 44$, qui va se pavaner en toute arrogance?

Plutôt que de faire ce que l’on doit faire un période de récession, créer des emplois et investir, les Torries ont préféré mettre de l’avant leur damnée idéologie partisane. Le fait qu’ils aient envoyé des lettres aux détenteurs d’arme à feu m’a fait tomber en bas de ma chaise. Dans quel pays vivons-nous? Est-ce qu’on a déplacé la frontière avec les É-U vers le Nord pendant mon sommeil? Tout cela est plus que ridicule.

Parlant de ridicule, Dion rivalise avec Harper. Harper, accroché à son pouvoir, martelle depuis le début de la semaine que les Canadiens n’ont pas voté pour ce gouvernement de coalition. Si je vote NPD, sachant clairement qu’ils ne seront pas majoritaires, est-ce que cela veut dire que je veux nécessairement qu’ils forment l’opposition? Si les Conservateurs forment une minorité, alors tout le reste ensemble représente la majorité du Canada, non? Dion, quant à lui, est aussi désespérément accroché à son petit bout de pouvoir. Ce nerd qui rêve d’être premier ministre depuis sa tendre enfance sera potentiellement promu premier ministre pour quelques mois. Quelle crédibilité aura-t-il? Autant que Kim Campbell?

Personellement, pour avoir vécu en Allemagne où la coalition Jaune-Vert-Bleu fonctionne, je crois en ce projet. Je crois en la democratie, et si les 3 partis sont assez matures pour travailler vers un compromis, vers un consensus, cela fonctionnera. Et pour ceux qui ont peur que les gens du Bloc ne marchandent tout le temps, j’ai des petites nouvelles pour eux. Qui serait assez fou pour parler de souveraineté pendant la pire crise financière en 70 ans? Comment le Québec pourrait-il survivre? Cela relèverait de l’absurde. Le Bloc est là avant tout pour défendre les intérêts des Québecois, puis pour la Souveraineté.

There should be more countries like Russia…

Il y a quelques jours de cela, une amie m’a demandé si j’accepterais de rencontrer une jeune fille qui part bientôt étudier à Ottawa, afin de lui donner quelques conseils. Bien entendu, j’acceptai. Nous avions donc rendez-vous à Дом Книги, un immense magasin de livre sur Nevski Prospekt. Nous sommes donc allés partager une tasse de thé au deuxième étage de cette librairie, le temps de lui refiler quelques pistes pour son aventure canadienne. Les premières minutes se sont relativement bien déroulées, peut-être est-ce mon impression parce que je n’ai pas arrêté de louanger la vie étudiante de l’Université Carleton ou de chanter les grandeurs du transport en commun de la Capitale. Puis, elle m’a demandé si je connaissais le prix des maisons au centre-ville d’Ottawa. Je me suis dit que c’était une personne curieuse, comme on peut s’intéresser à la hauteur d’un pont ou au nombre de grain de riz en Chine… Mais ses intentions étaient toutes autres… Cette petite fille blême et joufflue (!), du haut de ses exubérants 18 ans, voulait s’acheter une propriété downtown Ottawa. Bien que je n’aime pas catégoriser les gens, je me rendais bien compte à quel genre de Russe elle appartient. Après avoir épuisé mes commentaires sur Ottawa, je décidai de me lancer dans une de mes activités favorites : remettre en question la Fédération de Russie. Au fond de moi, j’ai beaucoup de difficulté avec tout ce qui est « non durable » (j’aime bien mal traduire le mot anglais pour ça : unsustanaible = non-soutenable, insupportable…). Un peu comme le rêve américain me pue au nez, je suis incapable d’imaginer la Russie sur la même voie pour le prochain siècle. On ne peut pas les blâmer pour la croissance du PIB de +9% en 2006, ils se remettent après tout d’une mégacrise bancaire en 1998, et de l’installation hâtive, chaotique et bâclée du capitalisme dans les années 90. L’exploitation sauvage de l’environnement (qui est d’ailleurs la source principale de la croissance économique), les inégalités sociales criantes, une politique intérieure et extérieure exécrable… Mon œil nouveau sur cette réalité me dit que les choses vont changer, doivent changer. Ce changement, fort probablement imprévu, s’imposera durant les prochaines décennies. Je ne pense pas toutefois que la Russie deviendra l’Europe ou l’Asie, la Russie est LA Russie depuis des siècles, cette mosaïque de plus de 100 groupes ethniques. Le problème, selon moi, est que la Russie essaie d’avoir le meilleur des deux mondes : d’un côté la liberté économique et de l’autre les restrictions épouvantables. Un genre de mélange entre un pays européen et disons, la Birmanie. L’équilibre est loin d’y être. Je me demande sérieusement quelle est l’idéologie politique de la classe dirigeante en Russie. Les temps ont changé depuis que Boris Eltsine était debout sur un tank au lendemain de la chute du communisme. Les contrastes sont abominables : Nevski Prospekt (la Main de SPB) est peuplée par une tribu de vieux hommes et vielles femmes (Babouchkas et Diédouchkas) qui arpentent les trottoirs glacés en distribuant des tracts commerciaux, arborant le costume d’homme-sandwich. Les pensions mensuelles russes ne dépassent parfois pas 900 roubles (ca. 30$), ce qui est loin du coût de la vie à SPB et de l’inflation de +11%. Bref, à quelques mètres de ces scènes brise-cœurs se déroulent à quelques mètres des plus grands magasins du Monde, sertis d’or et de toutes sortes richesses à faire vomir. À quelques kilomètres de SPB se trouve un nouveau palais, construit dans la dernière décennie, à grands coups de milliards et de kilos d’or. Les gens l’appellent en effet « le palais Poutine », puisqu’il sert de résidence à cet oligarque lors de réceptions officielles. Comment une société peut-elle tolérer de telles injustices? Comment une société industrielle incapable de produire des standards de qualité raisonnable est-elle en mesure de lancer des navettes spatiales et de même posséder sa propre station orbitale (MIR signifie Paix en passant)? J’ai posé la question à plusieurs Russes et non Russes, la réponse est la même : l’image, la réputation.

Je crois fondamentalement que l’homme est bon. C’est peut-être mes cours avec Michel Mongeau (philo de Cégep) et les enseignements de J-J Rousseau qui m’influencent en ce sens, je commence à avoir hâte que la nature humaine retourne à ce stade « sauvage ». Mais en Russie, la course effrénée au pouvoir est aberrante. Vladimir Poutine était agent secret en Allemagne de l’Est à l’époque du rideau de fer, ses camarades de classe et frères d’armes sont maintenant à la tête des plus grandes sociétés gouvernementales et privées. Le modèle craque, mais tient toujours.

Pour en revenir à ma rencontre avec cette bestiole joufflue, je me suis mis à m’énerver. Je lui parlais du droit d’association, de la liberté de presse. J’ai plus particulièrement parlé d’Anna Politovskaïa, célèbre journaliste russe assassinée en 2006. Elle enquêtait en fait sur les crimes commis par le Kremlin en Tchétchénie et sur d’autres dossiers proches du pouvoir. Elle vivait dans la crainte de se faire assassiner constamment, après avoir été victime d’attentats répétés au cours des dernières années. Bref, ma nouvelle amie joufflue me répondit qu’en Russie, on ne devait pas toujours savoir la vérité, et qu’Anna Politovskaïa est responsable de sa propre mort, puisqu’elle était consciente des risques qu’elle prenait en se mettant le nez dans les affaires du pouvoir. C’est justement à ce moment où elle me sortit un tonitruant : « There should be more countries like Russia …». En fait, j’ai parlé avec beaucoup de Russes de mondialisation et autres sujets connexes, et beaucoup semblent vivre dans une dichotomie, celle-là même que nous attribuons à nos voisins américains. « You are with Russia, or against Russia »… Les Russes voient en effet d’un très mauvais œil les révolutions Orange, des Roses et des Tulipes. J’ai même eu vent de professeurs à mon université qui prônent un protectionnisme le plus total en guise de protection culturelle et économique. « Nous sommes envahis par l’Europe, l’Asie et les États-Unis ». Comme quoi, peut-être, d’avoir été isolé pendant 80 ans a cristallisé la culture russe, la rendant inadhérante à la mondialisation, même si on peut difficilement empêcher cette dernière. Tout cela cause en effet beaucoup de racisme, même au sein des couches de la société les plus éduquées. Amis bronzés, enturbannés, musulmanisés, contentez-vous s’il vous plaît de déguster la Russie dans les vers de Block, dans les proses de Pouschkine ou dans les briques de Dostoïevski. Autrement, vous vous attirerez les foudres de tout le monde, de la femme de ménage, jusqu’au policier en passant par le caissier.