Lorsque j’évoquais l’idée de ce semestre à mes amis et à ma famille d’accueil en Allemagne, leurs souvenirs encore frais venaient alimenter leurs argumentaires de dissuasion. La réunification, la guerre, les intérêts et influences russes dans ce pays ne leur disent rien de bon. D’ailleurs, le grand-père de la famille Färber-Handschuch, où j’ai habité, a été fait prisonnier à Leningrad pendant le siège. Il a dû passer près de trois ans derrière les barreaux. Il m’a toutefois souhaité un bon voyage. C’est un homme incroyable.
C’est dans cette perspective que je me rends compte que j’ai n’ai pas été forgé par les tensions de la guerre froide, tel que cela a été le cas pour la génération qui me précède.
Jusqu’à ce que je ne me renseigne un peu plus, je croyais vraiment que tout cela était mort et enterré.
« Des actions unilatérales et souvent illégitimes ont provoqué de nouvelles tragédies humaines et créé de nouveaux pôles de tension. Le monde assiste à une hyperutilisation de la force, presque sans limites un abîme de conflits permanents. » [Tiré du Courrier International, hebdo n° 851 - 22 févr. 2007] Ces mots ont été prononcés par Poutine le 10 février dernier à Munich, et étaient évidemment adressés à G. W. Bush. Paradoxe : Échangez les personnages, et les textes peuvent rester les mêmes.
Mon problème, c’est ma paresse relative. Au fond, j’ai une immense envie de tout lire, de tout savoir, mais ça demande de l’énergie. Or, il est difficile de se faire une opinion claire sur ce genre de sujet, surtout lorsqu’interviennent des discours de façade, des intérêts tactiques et/ou stratégiques. Aussi, l’autre jour, j’ai lu un magnifique appel à la dénucléarisation, rédigé par Michaïl Gorbatchev. Ça a piqué ma curiosité. Je me suis donc mis à fouiller çà et là, pour comprendre que le renouveau post-9/11 était bien éphémère. Je vois aussi les révolutions géorgienne, ukrainienne et macédonienne d’un autre œil.
La Russie vient de livrer en février, à toute vitesse, des batteries de protections antimissiles Tor-M1 à l’Iran. Il apparaît que cette livraison serait directement connectée au remplacement d’Abizaid, commandant des forces américaines en Irak. En effet, ce dernier était un partisan de négociations diplomatiques avec Damas et Téhéran afin de se sortir du bourbier irakien. Au lieu de cela, on remplace Abizaid par un cowboy qui veut attribuer l’échec irakien à l’Iran.
Mes conclusions :
- La guerre froide n’est pas aussi terminée qu’elle en a l’air. Depuis 2002, Bush a en effet retiré unilatéralement les États-Unis des traités ABM, pierre angulaire de la fin de la guerre froide.
- L’énergie sera l’arme et le combat de demain; l’eau ceux d’après-demain.
- Je me sens comme si j’étais aux États-Unis ici, mais en plus froid.
