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Hier, on a eu droit à toute une fête pour notre arrivée. Toute la communauté s´est réunie dans la salle communautaire pour nous accueillir chaleureusement. On a eu droit aux danses, aux chansons ayacuchanaises, le tout agrémenté de mondongo, un plat traditionnel à base de boeuf et de maïs qui prend toute une nuit à cuire sur un feu de bois.
Nous avons aussi ajouté à la fête, avec une interprétation catastrophique de « Dondaine Laridaine », suivi de quelques mots de ma part en Quechua.
Puis, nous avons intégrer nos familles. Je vis dans un grand foyer de 15 personnes (plus moi!), en plus de la douzaine de cuy (cochons d´inde), des poulets, des lapins, du perroquet, du minoux et du chiot. J´ai ma chambre, au deuxiéme étage, pour laquelle je dois emprunter une échelle afin d´y accéder! J´adore ça…
Quelques détails demeurent toutfois flous… Ex: La douche se trouve a lentree de la maison, comme ça, avec une pomme de douche qui pendouille des cannes à sucre. Je me verrais mal, aussi impudique sois-je, me mettre flambant nu dans l´entrée de la maison.
Mon père d´accueil est un homme afable, petit, un peu requevillé. Il parle plus quechua qu´autre chose. Je lui ai posé des questions simples en espagnol, et il ne semblait pas comprendre. C´est bien le monde à l´envers!
Ma famille est immense. On est 15 à vivre dans notre maisonnette très bien aménagée. Les grands-parents, les cousins, les frères et soeurs, je n´arrive pas encore à démêler les liens, bien que cela n´ait aucune importance. Je joue avec les petits enfants jusqu´à en perdre le souffle.
J´ai de belles discussion avec cette famille tissée serré. Je leur ai dit d´être fier de leur langue, de leur culture. Chez nous, les pensionnats indiens ont ravagés une culture. À l´époque du Ministère des affaires indiennes, où on les appellait les sauvages, on les as brisés. Ici, ils ont la couenne dure et la fibre de la résistance bien ancrée.
Je travaille fort, malgré tout. J´ai une stagiaire de malade, et les autres sont en adaptation à 100 km/h. Je me repose bien, je prends mon temps et je reste vigilant. Il reste que tout ça, aussi facile celui puisse parraître, demeure exigeant.
Hier, après avoir animé une émission à la radio d´Ayacucho (haha!) je suis allé rendre visite à la communauté qui nous accueillera pour tout l´été.
Situé à flanc de montagne, l´air y est pur et le contraste avec la ville d´Ayacucho est poignant. Bien que situé à peu de temps du centre ville, on se croirait ailleurs. Les montagnes vierges déferlent, ce n´est la limite de notre vision que nous empêche de voir davantage des Andes, du coeur de la Sierra. Au loin, on peut apercevoir l´obélisque de la cité Wari, autrefois une communauté indigène imposante dans la région.
Nous avons, Orlando, Gabriel, Nathalie et moi, rencontré les membres de la communauté afin de finaliser les derniers détails en ce qui concerne l´accueil des stagiaires. Les quelques familles concernés sont venues à notre rencontre dans la salle communautaire. La salle n´était éclairée que par la vive lumière du soleil qui entrait par les portes de fer. On pouvait distinguer les profils des hommes, des enfants et des cholitas, ces femmes indigène portant un chapeau de feutre, de longs cheveux tressés et des tissages très colorés.
Au début, ils semblaient à la fois emballés par notre venue et craintifs face à l´inconnu qui les attend. Ils étaient très curieux de savoir ce que l´on mangerait, de connaître la manière dont on vivrait. J´ai tenté d´être le plus attentif possible et de faire preuve de compréhension et de diplomatie. Ils m´ont questionné sur un grand nombre de sujets, à ma plus grande satisfaction. À un moment donné, une cholita toute timide a parlé en quetchua à sa voisine, qui m´a traduit en espagnol: « Nos lits sont probablement trop petits pour vous! », puisqu´ils trouvent que nous sommes très grands. Je leur ai répondu, en mimant un peu, que nous ne dormions pas dans la position du piquet… Ils s´exclafèrent, ce qui a contribué à détendre l´atmosphère, qui n´était pas tendue à la base.
Le président de la communauté, Eddy, et sa très gentille femme, font preuve d´une humilité extraordinaire et d´une bonté sans borne. Tout cela se voit dans leurs yeux. Ils nous ont reçu dans leur petit commerce, fraîchement construit. Les enfants tourbillonnaient autour de nous, nous chassant du regard. Il faut croire que les invités qui viennent d´aussi loin sont rares pour cette communauté.
J´ai une très bonne impression à l´égard de la communauté et j´ai hâte de voir la chimie qui va se créer entre les stagiaires et les habitants du village. Nous avons une responsabilité encore plus grande, du fait que nous sommes les pionniers dans cette communauté et que plusieurs groupes nous suivrons. Nous devons jeter les bonnes bases afin de mettre l´accent sur la relation que nous établissons avec eux, plus que l´argent ou les relations de dépendance Nord/Sud.
Apres avoir ete debout pres de 35 heures, je me suis assoupi hier devant un match important, opposant l´équipe feminine argentine et les Pays-Bas, dans une partie sans mercie de… hockey sur gazon. J´aurais donc du apporter mon gilet du CH.
Dans un autre registre, je suis fasciné par cette ville. Hernando de Soto, lui-même péruvien, soulignait à quel point les économies du Sud ne sont pas celles du Nord, et que nos modèles de développement ne pouvaient donc pas ètre calqués. L´économie est on ne peut plus informelle, tout est à la fois chaotique et organisé. Il n´y a pas d´arrêt d´autobus, pas de circuits, mais le transport urbain est à la fois plus efficace et meilleur marché, toutes proportions gardées. Cette organisation organique de la société est solide et a sa valeur, bien que nos référentiels culturels et sociétaires la regardent de bien haut.
Les gens sont curieux. Autant comme il est implictement mal vu d´aborder les gens et des les observer chez nous, autant comme je sens que les gens autour de moi ici savent faire preuve de curiosité avec respect. J´ai eu la chance de discuter avec plusieurs personnes de notre projet, et je trouve qu´ils sont fiers de notre présence et notre intérêt. Un agent de sécurité à Lima avec qui je bavassais était franchement surpris de notre volonté à se donner autant de trouble pour mener notre projet. Il m´a demandé: Allez-vous manger ce que les paysans magent? Bien sur, lui ai-je répondu.
Les feux femmes de ménage de l´hòtel m´ont aussi demandé la raison de notre long voyage. Après leur avoir expliqué, elles m´ont demandé si je parle quetcha. Le quetchua est la langue traditionnelle, celle des premières nations. Elle occupe une place important dans la culture, l´histoire et la vie quotidienne des habitants d´Ayacucho. Bref, je leur ai répondu que non, je ne la parlais pas, mais que j´adore les langues. Elles m´ont alors offert un pacte: je leur apprend les bases du français et elles m´apprennent les bases du quetchua.
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