Différences
Je parlais récemment à une amie qui travaille en Afrique du Sud pour Droits et Démocratie. Comme ma connaissance de ce pays est relativement limitée, je l’ai bombardé de questions. Nous avons évidemment parlé de racisme, comme ce pays a été ravagé par ce clivage monstrueux.
Bizarrement, plusieurs événements se sont succédé suite à cette discussion, toujours par rapport au racisme. J’avais bien sûr lu des articles sur les meurtres crapuleux qui surviennent à SPB presqu’à tous les mois, mais j’osais penser à ce moment qu’il s’agissait des cas isolés. Cette semaine, banalement, nous écoutions la télévision dans le salon commun. C’était un match de basketball en Grèce, Moscou contre une ville dont j’oublie le nom, mais qui finit par « -oulos ». Wiktor, notre Biélorusse national, s’est mis à pouffer de rire en voyant que certains joueurs de l’équipe moscovite étaient noirs. Il rigolait, en disant qu’ils n’étaient pas russes, etc. J’ai explosé de colère devant ce manque de jugeote de la part de Wiktor. Je lui ai dit que sa réaction était attardée, que je le priais de retirer ses paroles. Bien au contraire, il s’est mis à argumenter furieusement. Il faut toutefois que j’éclaircisse certains éléments ici. La Russie a presque toujours été refermée sur elle-même, peut-être à part au temps de Pierre le Grand. Aussi, en russe il y a une immense distinction entre origine et nationalité. Entre autres à cause du communisme et du modèle d’assimilation russe, tu as beau n’avoir jamais mis les pieds au Kazakhstan de ta vie, mais si ta famille est kazakhe, et que tu habites depuis toujours en Russie, tu es Kazakh et tu as la nationalité russe. La nationalité est reléguée à n’être qu’une formalité administrative (parmi tant d’autres). Ainsi, le concept d’un noir russe détonne pas mal. Aussi, la Russie perd des milliers d’habitants par année à cause de l’émigration. Pour ainsi dire, ils ne sont pas tellement habitués au concept de la multiethnicité, ce qui explique partiellement la grave méconnaissance des autres origines. Donc, Wiktor se débattait de toutes ses forces pour nous faire comprendre qu’un noir ne pourrait jamais être russe. Enfin.
Puis, hier, le centre-ville était bondé d’ultranationalistes, fascistes et skinheads en tous genres. Il y avait en fait une manifestation sous le thème « La Russie pour les Russes ». Des commandos armés étaient postés partout, jusqu’à tard en soirée, prête à mater tout débordement. Il y a eu plusieurs dizaines d’arrestations.
L’an dernier, il y a eu une tentative de Gay Pride en Russie. Une première en Russie. Malheureusement, le party n’a pas duré longtemps. Les fascistes au front, les évêques orthodoxes en background, ils sont allés péter la gueule aux fifis. La police a frappé dans le tas, procédant à l’arrestation… des gays.