Peu de mouvements ont secoué l’Amérique du Sud aussi fermement depuis les 100 dernières années que le Sentier Lumineux.
Ayacucho a été la nid d’inombrables révolutionsdepuis l’époque pré-inca. C’est d’ailleurs pour cette raison que Abimaël Guzman a choisi d’y ériger le siège de sa révoution maoïste.
Je me souvenais vaguement de ce nom, Sendero Luminoso, au travers des bribes de souvenirs de l’actualité internationale des années 90. J’étais loin de me douter qu’en me dirigeant vers Ayacucho j’allais être en contact si étroit avec l’Histoire. Et cette histoire encore toute fraîche, sur qui la Commission sur la Vérité a fait la lumière au tournant des annés 2000, a laissé le pays avec 70 000 personnes en moins.
Avec les mots qui brûlent la langue, les péruviens ont choisi de nommer cette période « la violence sociale ».
Pour dire à quel point nous sommes au coeur des événements, il suffit de regarder autour de nous. Le chemin que nous empruntons à pied pour nous rendre en ville passe par un trou dans la muraille qui protège l’Université San Cristobal de Huamanga, située à moins d’un kilomètre de notre village: C’est là que Guzman a réussi à endoctriner des centaines de futur professeurs et professionnel de la région. Guzman, alias Camarade Gonzalo, a également été responsable d’une école secondaire expérimentale nommée… Guaman Poma de Ayala. En regardant au loin, depuis notre village, nous pouvons appercevoir à quelques kilomètres d’où nous habitons, la prison d’où se sont échapés 78 membres du sentier lumineux.
Ici, on voit encore des centaines de manifestations par année. Ayacucho est la troisième région la plus pauvre du Pérou et sa population est fortement indigène ou métisse, eux qui ont une fibre revendicatrice. Le Sentier Lumineux n’est pas aussi éteint qu’il ne le semble, surout pas dans le coeur de tous ces gens qui s’y sont embarqués à ses débuts, dans le but de mettre fin aux inégalités. Et puis vinrent les emerdemments de Mao, la révolte armée, les inombrables bavures policières et militaires et tout le tralala.
Guzmán a choisi Ayacucho pour sa tendance à la révolte et pour sa pauvreté. Ne se plaint pas celui qui a la bouche pleine, dit-on.
Est-ce donc pour cela que nous Québécois sommes majoritairement de nature apathique, restant de marbre devant les mouvances politiques et sociales?
